Ubutopik

Des histoires qui se vivent

Le phare, voyage immobile (P. RUMIZ), éd. Gallimard

« De tous ses voyages, Paolo Rumiz nous raconte ici le plus étonnant : son premier voyage immobile. Isolé dans un phare perché sur un minuscule rocher quelque part dans la Méditerranée, avec pour seuls compagnons les gardiens. Loin de tout mais curieusement aussi au centre de tout. Un nouvel univers où plus rien ne ressemble à ce qu’il connaît, où même les étoiles semblent ne pas être à leur place. »

Un livre qui témoigne de l’essentiel. Quasi-seul face à la nature, l’auteur raconte la mer, le ciel et le temps qui passe. Une belle écriture qui navigue entre carnet de voyage et philosophie. Dans ses chapitres – intitulés par un mot – l’auteur développe une idée au gré de ses rencontres. La réalité qu’il dépeint est parfois difficile… comme ces richesses de la mer qui s’amenuisent ou encore l’appréhension de voir ce phare livré au tourisme de masse. Jusqu’au bout, il taira le nom de ce lieu où il a été accueilli durant trois semaines. À une époque où le monde est connecté, il est bon de se retrouver loin de tout.

Roman paru en 2015.

Note : 4 / 5

Dernier arrêt avant l’automne (R. FREGNI), éd. Gallimard 

« Le narrateur, écrivain, a trouvé un travail dans un village de Provence : gardien d’un monastère inhabité, niché dans les collines. Il s’y installe avec pour seule compagnie un petit chat nommé Solex. Un soir, en débroussaillant l’ancien cimetière des moines, il déterre une jambe humaine fraîchement inhumée. Mais quand il revient avec les gendarmes, la jambe a disparu… Qui a été tué ? Et par qui ? »

Un roman aux accents bucoliques très bien écrit. L’atmosphère y est apaisante, le temps s’écoule lentement… Un récit propice à la contemplation. Mais l’harmonie ne dure pas… Le brusque retour à la réalité se fait par la découverte d’un cadavre : un élément déclencheur qui va bousculer le destin de chacun des protagonistes. Dommage que les quinze dernières pages ne soient pas à la hauteur des cent cinquante précédentes. La fin du roman se termine abruptement. Une conclusion qui soulève d’importantes questions morales et qu’il aurait été intéressant de développer. Les personnages trouvent les mots trop vite… Ont-ils le droit de le faire ? Pourquoi ? L’amitié permet-elle de tout supporter ? Ces questions ne sont pas posées et c’est bien regrettable.

Roman paru en 2019.

Note : 3 / 5

Le couple d’à côté (S. LAPENA), éd. Presses de la Cité

« Ne vous fiez pas au bonheur de façade… Anne et Marco sont invités à dîner chez leurs voisins. Au dernier moment, la baby-sitter leur fait faux bond. Qu’à cela ne tienne : ils emportent avec eux le babyphone et passeront toutes les demi-heures surveiller le bébé. La soirée s’étire. La dernière fois qu’ils sont allés la voir, Cora dormait à poings fermés. Mais de retour tard dans la nuit, l’impensable s’est produit : le berceau est vide.
Pour la première fois, ce couple apparemment sans histoire voit débarquer la police chez lui. Or, la police ne s’arrête pas aux apparences… Qu’est-ce que l’enquête va bien pouvoir mettre au jour ? »

Un thriller mal ficelé basé sur la désinformation. Tour à tour, l’auteure livre les pensées des différents protagonistes en passant sous silence l’essentiel… et cela, pendant une bonne moitié du livre. L’un des personnages est pourtant « coupable » et le stress d’être démasqué arrive bien tard. Quant au vrai ravisseur, les indices qu’il laisse sont faibles : impossible de remonter jusqu’à lui… pourtant, la fin de l’histoire révèle des erreurs grossières. On se demande comment il a pu tout manigancer seul ? L’enquête est sans doute une excuse pour mettre en valeur la psychologie des personnages mais l’exercice est un échec. Tout est corrompu par les incessants retournements de situations qui saccadent le récit. Une histoire mal pensée mais qui a tout de même le mérite de mettre en valeur une plume efficace.

Roman paru en 2017.

Note : 2 / 5

De pierre et d’os (Bérengère COURNUT), éd. Le Tripode

« Dans ce monde des confins, une nuit, une fracture de la banquise sépare une jeune femme inuit de sa famille. Uqsuralik se voit livrée à elle-même, plongée dans la pénombre et le froid polaire. Elle n’a d’autre solution pour survivre que d’avancer, trouver un refuge. Commence ainsi pour elle, dans des conditions extrêmes, le chemin d’une quête qui, au-delà des vastitudes de l’espace arctique, va lui révéler son monde intérieur. »

Un roman percutant qui plonge le lecteur dans un monde âpre. Tout au long du livre, l’héroïne se retrouve confrontée à la mort : celle de son corps mais aussi celle de son âme. Un quotidien intense et fragile qui va façonner son destin. Aux côtés d’Uqsuralik, on apprend à surmonter les épreuves, à observer, à avancer… Éternels recommencements, les hivers au cœur de l’arctique passent sans jamais se ressembler. Une nature belle et indomptable arpentée par une poignée d’humains… des hommes et des femmes qui se révèlent : parfois impitoyables, souvent généreux et solidaires. De Pierre et d’os est une quête initiatique. Un récit ponctué de chants chamaniques qui racontent le cheminement intérieure d’une jeune femme. Un livre empreint de sagesse et d’élégance qui laisse la part belle à la nature.

Roman paru en 2019.

Note : 5 / 5

Embrasser l’inconnu (Aurélie DELAHAYE), éd. Anne Carrière

« C’est l’histoire d’une révolution intérieure. Ne trouvant pas de sens à son quotidien professionnel et voyant trop de résignation autour d’elle, un beau jour, Aurélie quitte tout : son job, son appartement, Paris, ses amis et sa famille. Elle se lance dans l’aventure pour aider les gens à renouer avec le bonheur et espère ainsi elle-même trouver sa voie. Elle entreprend alors un projet dont elle ne sait pas où il la mène et qui la guidera sur des chemins jusque-là inconnus. Elle voyagera à travers l’Europe, où elle fera sourire des milliers de personnes, puis prendra la route dans un ancien camion de pompier aménagé qui deviendra sa maison neuf mois durant. Jusqu’au jour où, alors qu’elle était partie pour aider les autres, elle trouvera le sens qu’elle avait toujours cherché à son quotidien. Après de longues années d’études, Aurélie Delaye rejoint le monde de l’entreprise et explore de nombreuses voies pour y être heureuse, mais en vain. Alors qu’elle se passionne pour l’improvisation théâtrale, le 1er mars 2015, elle décide de remettre ses rêves au cœur de son existence et fait de sa vie une improvisation en se lançant dans Ordinary Happy Peaple

Un exercice littéraire vivant, rédigé avec beaucoup d’honnêteté… mais qui ne va pas au bout de sa démarche. Au fur et à mesure de son voyage, l’auteure parle des maux de ce monde : la malbouffe, les startups qui font exploser le prix de l’immobilier, l’avion comme source de pollution… Un regard qui s’ouvre progressivement pour arriver à une véritable prise de conscience. Mais comment interpréter les choix de la protagoniste ? Pour concrétiser son projet, elle s’appuie sur l’utilisation des réseaux sociaux (Facebook…) mais aussi l’appel au financement participatif (achat du camion et publication du premier ouvrage). Ces outils sont-ils gages de liberté ou au contraire sont-ils un passage obligé pour gagner en visibilité ? Il aurait été intéressant de développer le propos. Et qu’en est-il de ces gens qui ont motivé son départ ? Sont-ils tristes ou heureux… Peut-on le définir par un simple échange ou par un sourire ? Le récit ne va pas au bout de la réflexion. On est plutôt confronté à une quête intérieure et à un fil conducteur qui se perd au fur et à mesure de la narration. Cet ouvrage est un témoignage écrit à un moment clé de la vie de l’auteure. Les premiers pas d’un écrivain dans un monde qu’elle a du mal à définir. Il s’inscrit parfaitement dans la veine Feel Good Book.

Récit de vie paru en 2019.

Note : 2 / 5