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Des histoires qui se vivent

Catégorie dans Critiques et chroniques

La fille qui voulait être Jane Austen (P. SHULMAN), éd. Albin Michel

« Julie, quinze ans, est habituée aux lubies de sa meilleure amie Ashleigh, même si, à cause d’elle, elle se retrouve parfois dans des situations improbables. Après le roi Arthur, la stratégie militaire ou le ballet, la dernière passion en date de cette éternelle enthousiaste : Jane Austen ! Ashleigh veut à tout prix trouver le M. Darcy d’aujourd’hui en participant au bal d’une prestigieuse école de garçons. Et voici les deux inséparables vêtues de crinolines, en chasse pour dénicher le parfait héros austenien… mais attention à ne pas choisir le même (heureux) candidat ! »

Du sentiment, de la bienveillance et une belle dose d’originalité. Les héroïnes de cette histoire sont bien loin des clichés que certains auteurs attribuent aux adolescents. Oui, chez ces lycéennes, on retrouve les interrogations qui préoccupent la plupart des ados : l’amour, la famille, l’amitié, l’avenir… mais elles osent la différence. Elles s’interrogent, se trompent et hésitent. Un roman léger qui se lit d’une traite. On regrettera quand même la grande disparité qui existe entre tous ces garçons… Certains sont formidables et d’autres très caricaturaux. Dans la réalité, rien n’est si tranché… fort heureusement.

Roman paru en 2010.

À partir de 14-15 ans.

Note : 3 / 5

Dans les eaux du grand nord (I. MCGUIRE), éd. 10/18

« Puant, ivre, brutal et sanguinaire, Henry Drax est harponneur sur le « Volunteer », un baleinier du Yorkshire en route pour les eaux riches du cercle polaire arctique. Patrick Sumner, un ancien chirurgien de l’armée traînant une mauvaise réputation, n’a pas de meilleure option que d’embarquer sur le baleinier comme médecin. En Inde, pendant le siège de Delhi, Sumner a cru avoir touché le fond de l’âme humaine, et espère trouver du répit sur le « Volunteer »… Mais pris au piège dans le ventre du navire avec Drax , il rencontre le mal à l’état pur et est forcé d’agir. Alors que les véritables objectifs de l’expédition se dévoilent, la confrontation entre les deux hommes se jouera dans l’obscurité et le gel de l’hiver arctique. »

Poussé dans ses retranchements, comment l’être humain réagit-il ? Loin de tout et confronté à sa propre mort, un équipage de baleinier va endurer le pire. Une expérience aux confins de l’extrême qui saisit le lecteur sans jamais le lâcher. Une fois commencé, impossible de refermer ce livre au rythme soutenu. Les chapitres défilent sans jamais se ressembler : l’auteur crée des retours dans le temps qui oscillent avec un présent tout aussi dur. Cette histoire, c’est aussi la fin des baleiniers : l’huile perd de la valeur au profit du pétrole… une industrie massive qui s’écroule sans pour autant lâcher la main mise sur l’économie. Les scènes de chasse sont décrites avec une vérité qui fait froid dans le dos, une force narrative qui à elle seule pourrait devenir un véritable plaidoyer contre le massacre – qui perdure encore aujourd’hui – de ces mammifères en voie de disparition. Un roman brutal qui bouleverse, choque et interroge.

Roman paru en 2017.

Note : 4 / 5

Miss Islande (A. A. OLAFSDOTTIR), éd. Zulma

« Islande, 1963. Hekla, vingt et un ans, quitte la ferme de ses parents et et prend le car pour Reykjavík. Il est temps d’accomplir son destin : elle sera écrivain. Sauf qu’à la capitale, on la verrait plutôt briguer le titre de Miss Islande. Avec son prénom de volcan, Hekla bouillonne d’énergie créatrice, entraînant avec elle Ísey, l’amie d’enfance qui s’évade par les mots – ceux qu’on dit et ceux qu’on ne dit pas –, et son cher Jón John, qui rêve de stylisme entre deux campagnes de pêche… »

L’auteure de Rosa Candida a ce talent de mettre son écriture au service de ses personnages. Des protagonistes forts, qui vivent leur différence dans un monde qui n’est pas prêt à les accepter tels qu’ils sont. L’histoire prend place dans l’Islande des années 1960 : un petit pays dans lequel on rencontre une femme écrivaine, un homme qui voudrait aimer qui il veut, une jeune mère prise dans le tourbillon de la maternité, un poète sans talent… Chers à chacun d’entre eux, les mots les lient et sont au centre de tout. L’amour aussi est au cœur de leur vie : un sentiment qui se décline de bien des façons. À travers leurs regards, des sujets universels comme la liberté et l’égalité sont développés avec subtilité et élégance.
À noter, l’excellente traduction de l’Islandais au Français par Éric Boury.

Roman paru en 2019.

Note : 5 / 5

Dans les forêts de Sibérie (S. TESSON), éd. Gallimard

« Assez tôt, j’ai compris que je n’allais pas pouvoir faire grand-chose pour changer le monde. Je me suis alors promis de m’installer quelque temps, seul, dans une cabane. Dans les forêts de Sibérie. J’ai acquis une isba de bois, loin de tout, sur les bords du lac Baïkal. Là, pendant six mois, à cinq jours de marche du premier village, perdu dans une nature démesurée, j’ai tâché d’être heureux. Je crois y être parvenu. Deux chiens, un poêle à bois, une fenêtre ouverte sur un lac suffisent à la vie. Et si la liberté consistait à posséder le temps ? Et si le bonheur revenait à disposer de solitude, d’espace et de silence – toutes choses dont manqueront les générations futures ? Tant qu’il y aura des cabanes au fond des bois, rien ne sera tout à fait perdu. »

Le silence, la nature et une cabane au fond des bois pour seul refuge… Sylvain Tesson raconte le temps qui passe loin des villes. Jour après jour, il livre ses pensées sur cette expérience unique qu’il vit dans les forêts de Sibérie. Au plus près de la nature, tout semble être possible. La liberté serait-elle si simple… Posséder peu et avoir du temps pour soi ? Dans ses propos, la faune et la flore sont plus présentes que jamais mais l’humain n’est jamais loin. A-t-on oublié que nous faisions parti de cet immense TOUT… La plume est habile, éclairée et riche de sens. Un livre qui pousse à la réflexion de bien des façons.

Roman paru en 2011.

Note : 5 / 5

Dans la maison (P. LE ROY), éd. Rageot

« Une forêt. Une maison isolée. 4 filles, 4 garçons. Une soirée frissons « pour rigoler » ».

Une ambiance, du suspense, des personnages parfaitement dépeints… Un roman très bien mené qui ne ressemble à aucun autre. L’intrigue est fouillée et tous les indices sont là, dès le début… Encore faut-il les remarquer. Sur fond de films d’horreur, les scènes se succèdent à un rythme effréné. L’auteur rend hommage aux classiques du genre mais à aucun moment, il ne cherche à les imiter. Bien au contraire, il en ressort le meilleur et… en prend le contre-pied. Un huit clos riche en rebondissements qui apporte une conclusion un brin ironique sur l’identité, la différence et l’art. À méditer !

Roman paru en 2019.

À partir de 15 ans.

Note : 4 / 5

Le phare, voyage immobile (P. RUMIZ), éd. Gallimard

« De tous ses voyages, Paolo Rumiz nous raconte ici le plus étonnant : son premier voyage immobile. Isolé dans un phare perché sur un minuscule rocher quelque part dans la Méditerranée, avec pour seuls compagnons les gardiens. Loin de tout mais curieusement aussi au centre de tout. Un nouvel univers où plus rien ne ressemble à ce qu’il connaît, où même les étoiles semblent ne pas être à leur place. »

Un livre qui témoigne de l’essentiel. Quasi-seul face à la nature, l’auteur raconte la mer, le ciel et le temps qui passe. Une belle écriture qui navigue entre carnet de voyage et philosophie. Dans ses chapitres – intitulés par un mot – l’auteur développe une idée au gré de ses rencontres. La réalité qu’il dépeint est parfois difficile… comme ces richesses de la mer qui s’amenuisent ou encore l’appréhension de voir ce phare livré au tourisme de masse. Jusqu’au bout, il taira le nom de ce lieu où il a été accueilli durant trois semaines. À une époque où le monde est connecté, il est bon de se retrouver loin de tout.

Roman paru en 2015.

Note : 4 / 5

Dernier arrêt avant l’automne (R. FREGNI), éd. Gallimard 

« Le narrateur, écrivain, a trouvé un travail dans un village de Provence : gardien d’un monastère inhabité, niché dans les collines. Il s’y installe avec pour seule compagnie un petit chat nommé Solex. Un soir, en débroussaillant l’ancien cimetière des moines, il déterre une jambe humaine fraîchement inhumée. Mais quand il revient avec les gendarmes, la jambe a disparu… Qui a été tué ? Et par qui ? »

Un roman aux accents bucoliques très bien écrit. L’atmosphère y est apaisante, le temps s’écoule lentement… Un récit propice à la contemplation. Mais l’harmonie ne dure pas… Le brusque retour à la réalité se fait par la découverte d’un cadavre : un élément déclencheur qui va bousculer le destin de chacun des protagonistes. Dommage que les quinze dernières pages ne soient pas à la hauteur des cent cinquante précédentes. La fin du roman se termine abruptement. Une conclusion qui soulève d’importantes questions morales et qu’il aurait été intéressant de développer. Les personnages trouvent les mots trop vite… Ont-ils le droit de le faire ? Pourquoi ? L’amitié permet-elle de tout supporter ? Ces questions ne sont pas posées et c’est bien regrettable.

Roman paru en 2019.

Note : 3 / 5

L’étrange Hôtel de Secrets’ Hill (Kate Milford), éd. Rageot

« Le décor : la Villa de Verre, un immense hôtel sans âge, perché en haut d’une colline.
Signes particuliers :  des secrets et des mystères  derrière chaque porte.
Les personnages : les propriétaires et leur fils adoptif Milo ; leurs amies Mrs Caraway, Lizzie et Meddy ; et, bien sûr, les clients de l’hôtel…
Signes particuliers : cinq clients arrivés à l’improviste, tantôt inquiétants, tantôt ridicules, qui cachent les raisons de leur séjour dans ce lieu isolé et jouent tous un double jeu.
Les faits : une carte au trésor indéchiffrable, une petite fille au caractère bien trempé, un héros en quête d’identité, des objets qui disparaissent, un huis clos enneigé, des récits étonnants, du chocolat chaud et des marshmallows. »

Un roman riche et créatif qui foisonne de détails. L’ambiance est là, l’enquête est bien menée et les personnages sont magistralement décrits… Le huis clos et le mystère qui entoure les clients de l’hôtel vont avoir une double fonction : démêler l’intrigue qui de la maison mais surtout révéler les héros. Des thèmes comme l’adoption et l’amour sont distillés tout au long de l’histoire avec beaucoup de justesse. L’auteure parle aussi de jeux de rôles dans son récit et la démarche n’est pour une fois pas caricaturale. Un livre qu’on a du mal à lâcher tant il est agréable d’arpenter les pièces de ce manoir hors norme. Il s’adresse toutefois à de très bons lecteurs : l’écriture est fluide mais il fait quand même un peu plus de 500 pages.

Roman paru en 2016.

À partir de 10 ans.

Note : 5 / 5

The Lighthouse (2019) : Robert Eggers

Comment traduire la peur au cinéma… Quelle forme revêt-elle lorsqu’elle est poussée à l’extrême, en situation d’isolement ? Avec The Witch – son premier film –, Robert Eggers place une famille à l’écart de la société. La foi, la sorcellerie, le diable… Ancrés dans leurs croyances, les protagonistes vont très vite être confrontés à leur propre folie. Dans The Lighthouse, le schéma est identique mais le réalisateur va mettre en scène un binôme qui ne se connaît pas. Dans ce contexte, est-il possible se faire confiance ? Comment ne pas douter l’un de l’autre ?

The Lighthouse raconte « l’histoire hypnotique et hallucinatoire de deux gardiens de phare sur une île mystérieuse et reculée de Nouvelle-Angleterre dans les années 1890. » Deux hommes au passé troublant qui vont rester bloqués sur ce bout de caillou pendant plusieurs semaines… voire des mois. Durant une bonne moitié du film, la notion de temps est évidente, rythmée par les tâches du quotidien… mais tout se disloque quand une tempête éclate. La relève ne vient pas. Les provisions manquent… et d’étranges phénomènes se produisent autour des gardiens. Les a-t-on oublié… ou sont-ils en train de sombrer dans la folie ? C’est sans doute plus compliqué que ça… Dans le jargon maritime, les phares sont classés en trois catégories : les « Paradis » (construit sur la côte), les « Purgatoires » (sur une île) et les « Enfers » (en pleine mer). Le film d’Eggers prend place dans un « Purgatoire »… Un entre-deux monde qui confronte les hommes à leurs démons intérieurs. L’île apparaît comme un reflet de leur conscience… Une réalité qui se contorsionne, prenant la forme de créatures mystiques et mythologiques. Les images de ces apparitions sont proches de l’univers de Lovecraft. Une troublante ressemblance qui s’accentue avec cette obsession pour la lumière du phare, véritable boîte de pandore que tous souhaitent ouvrir.

Oui, il y a du fantastique dans The Lighthouse mais tout est stabilisé dans un cadre très réaliste. Les dialogues et le travail des gardiens sont au plus proche de la vérité historique : « il y a eu beaucoup de recherches à faire, en particulier pour écrire les dialogues de l’époque. Nous avons consulté des dictionnaires d’argot du XIXe siècle, des dictionnaires nautiques et beaucoup de littérature d’époque, de Melville à Sarah Orne-Jewett, une écrivaine originaire du Maine. Jewett a été particulièrement utile dans ses écrits en dialecte car elle avait interviewé d’anciens capitaines de navires et des fermiers pour construire ses récits », explique le réalisateur. À cela s’ajoute, un tournage dans un décor en extérieur qui plonge le spectateur dans le passé : « nous avons construit tous les bâtiments que vous voyez dans le film, y compris la tour du phare de 21 336 mètres de haut. Elle a été construite sur le cap Forchu, un affleurement désolé de roches volcaniques situé à l’extrémité sud de la Nouvelle-Écosse. La météo était incroyablement difficile. Nous avons affronté plusieurs Nor’easter (tempêtes hivernales, Ndlr), les vents étaient impitoyables. Il faisait un froid glacial. C’était un tournage très exigeant physiquement pour Willem et surtout pour Rob. » Oui, les acteurs brillent dans l’interprétation. Le film fourmille de scènes où Willem Dafoe et Robert Pattinson explorent une multitudes de facettes tant du côté absurde qu’obscure. L’attitude et les expressions qu’ils distillent devant la caméra instaurent un malaise si ténu que le spectateur, assiste impuissant à leur descente aux enfers. L’utilisation du format carré en noir et blanc offre également une lecture proche des comédiens et empreinte de réalisme, une façon de filmer dans les tons du cinéma expressionniste Allemand : « nous avons filmé avec des lentilles utilisées dans les années 1915 et 1930, en utilisant un ratio d’aspect archaïque (1.19:1, format sonore rare et ancien). Et, à l’aide d’un filtre personnalisé, nous avons pu retrouver un aspect proche du rendu des pellicules orthochromatiques du cinéma muet. » Et il y a le son aussi, cette sirène au bruit assourdissant qui accompagne les protagonistes du début à la fin… Un élément en filigrane perturbant et angoissant.

The Lighthouse est captivant, glaçant et oppressant. Un film d’épouvante rare qui révèle un travail pointilleux tant au niveau de l’écriture que de la réalisation. Robert Eggers sait recréer des ambiances anxiogènes comme personne… et on en redemande. Seul problème, malgré une sortie très remarquée, le long métrage est représenté dans très peu de cinéma en France. Il faut croire que dans notre bon vieux pays, la créativité a peu d’échos…

                                                                                                             Caroline Vannier (janvier 2019)

Sources :

Interview de Robert Eggers pour le magazine web Le Film Français, propos recueillis par Patrice Carré.
Magazine V.O. Version Originale, décembre 2019.

Border (2018) : Ali Abbasi

Pour ne pas trahir Border, il faut passer sous silence une bonne partie du film. Le spectateur doit découvrir par lui-même ce qui fait la force de cette histoire hors norme… mais même en taisant des éléments clés, il y a beaucoup à dire… à commencer par le scénario.

Sur le papier, Border, c’est une ligne narrative riche et créative. Rien d’étonnant quand on sait que le long métrage prend sa source dans la nouvelle Gräns tirée du recueil Låt de gamla drömmarna dö de John Ajvide Lindqvist. L’auteur n’est d’ailleurs pas un inconnu dans le monde du cinéma : son livre Laisse-moi entrer (Låt den rätte komma) a été adapté en 2008 sous le titre Morse par Tomas Alfredson : une fresque sociale sur le thématique des vampires qui est devenue une véritable référence dans le domaine. Mais revenons à BorderSur ce projet, l’écrivain va plus loin : il ne se contente pas de céder les droits mais devient co-scénariste aux côtés du réalisateur Ali Abbasi. Un travail à quatre mains qui aborde le récit sous un angle différent : « je voulais être dans la tête de Tina [ l’héroïne ] –, voir le monde de son point de vue » précise le metteur en scène.

Ali Abbasi a peu de films à son actif mais il sait ce qu’il veut. Morse a marqué un tournant dans le cinéma Suédois et il est convaincu que, trop s’en inspirer, ruinerait son projet : « pour éviter de tourner un Morse II, il me fallait construire son opposé. Au lieu de styliser le monde à l’extrême et de créer une certaine distance, je voulais fabriquer un film presque réaliste. » Pari réussi ! Border est inclassable… Une histoire qui reprend les codes du fantastique mais clairement ancrée dans la société d’aujourd’hui. Un regard juste et poétique qui en dit long sur les relations entre êtres humains. Le pitch ? « Tina, douanière à l’efficacité redoutable, est connue pour son odorat extraordinaire. C’est comme si elle pouvait flairer la culpabilité d’un individu. Mais quand Vore, un homme d’apparence suspecte, passe devant elle, ses capacités sont mises à l’épreuve pour la première fois. Tina sait que Vore cache quelque chose, mais n’arrive pas à identifier quoi. Pire encore, elle ressent une étrange attirance pour lui…» Le résumé ne le précise pas mais les protagnosites ont tous deux un physique atypique… et cette ressemblance va agir comme un élément déclencheur sur Tina. Un mécanisme qui va nourrir le personnage et remonter des interrogations universelles sur la différence, le racisme et le communautarisme. Border pousse la réflexion sur notre civilisation mais ne tombe jamais dans l’analyse sociale. Sur fond d’enquête, la part de fantastique reste bien présente mais la dynamique lui est propre, presque paradoxale : « la force du film tient au fait qu’il ne s’inscrive ni dans le conte ni dans le réalisme social. Il navigue constamment entre ces deux pôles. »

L’esthétique n’est pas en reste. Tout au long du film, les dialogues s’interrompent pour laisser la part belle au silence. Un aspect contemplatif qui met en valeur la nature : « la forêt ressemble presque à un rêve. » Oui… par moment, Border est comme un songe. Une temporalité qui décrit parfaitement l’état d’esprit des personnages.

Côté costumes, le choix est là aussi déterminant pour la composition du film. À l’heure du tout numérique, exit les effets spéciaux et place à un côté complètement artisanal. Les acteurs ont joué avec un maquillage qui a nécessité, chaque jour de tournage, plusieurs heures de préparation. Une façon pour les comédiens d’être au plus proche de leurs personnages : revêtir cette seconde peau a forcément eu un impact sur les excellentes interprétations d’Eva Melander et de Eero Milonoff.

Border est une réussite. Un grain de folie dans cette grosse industrie qu’est le cinéma… Une perle d’inventivité dans un monde souvent si standardisé. Le 7ème art Suédois n’a décidément pas fini de nous étonner !

                                                                                                               Caroline Vannier (décembre 2019)

Sources :

Bonus DVD Border, Metropolitan FilmExport
Émission Le Grand Frisson