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Des histoires qui se vivent

Catégorie dans Histoires de concerts

I’m From Rennes, l’Étage (Rennes) – 13 septembre 2019 –

Vendredi 13… Une date symbolique qui lance la première soirée I’m From Rennes 100 % Metal. L’asso qui valorise la scène locale a attendu 8 ans pour le faire mais elle n’a rien laissé au hasard : une prog de qualité, un visuel qui claque, des partenaires solides… Il faut dire que l’équipe orga a très bien joué. En s’associant à une structure référente en la matière, elle a su interpeller les passionnés de musique extrême. Reine du gros son, Garmonbozia organise des concerts à Rennes et ailleurs depuis déjà 21 ans. Avec plus de 700 dates à son actif et un carnet d’adresses bien rempli, elle s’est taillée une solide réputation en France et en Europe. Alors qui de mieux pour investir la salle de l’Étage ?

Les gens viennent en nombre dès 19h00. Dans le public : des passionnés, des musiciens, des potes, des membres actifs d’asso… Bref, pas mal de personnes qu’on retrouve dans les Caf’Conc’ de Rennes tout au long de l’année. Ça discute musique, technique… et la configuration de la salle en intéresse plus d’un. Pour passer 7 groupes en 5h15 chrono, une seconde scène a été monté. Plus petite, plus proche du public… C’est là qu’on retrouvera la plupart des formations Hardcore. Mais pour l’heure, place au premier groupe !

19h30 pétante. Il y a du monde devant Entertain the Terror. Jamais simple « d’ouvrir le bal » mais le groupe de Hardcore n’a aucun mal à entrer dans son concert. Un son brut et efficace qui colle parfaitement aux propos qu’il défend. Le message est clair : engagé et sans concession. Un franc-parler qui dénonce sans jamais tomber dans la facilité. Une presta sans filtres qui fait entrer les maux de la rue dans les salles de concert.

Deuxième scène… Cadaveric Fumes enchaîne à peine 5 minutes plus tard. Éclairage minimaliste, fumigène, visages à peine visibles… Les membres du groupe s’effacent pour laisser toute la place à leur musique. Le groupe de Death Metal propose un son précis, martelé, fourni… Les compos laissent planer une ambiance sombre teintée de notes quasi vintage. Une identité très forte qui interpelle forcément.

Il est encore tôt quand Hard Mind monte sur scène mais le groupe frappe très fort. Dès le premier morceau, le ton est donné : de l’énergie, de la puissance et une véritable présence scénique. Ils ne lâcheront rien. Le public non plus. Un rythme explosif, chargé de DIY qui n’a rien à envier aux groupes américains. L’efficacité des compos et des propos ne laissent pas de temps mort au pit. Une presta qui dévoile la qualité de la scène Hardcore Rennaise.

Mantra

Éclairage étudié, riffs à la Tool, voix planante… Mantra est là pour un live hors norme. Et quelle claque ! Depuis 10 ans, le groupe de Metal Progressif ne cesse de se réinventer. La qualité d’interprétation est indéniable : le chanteur accompagné d’un danseur du Butô offrent une presta unique et habitée. Dans un milieu pas mal codifié, c’est osé mais quelle bouffée d’inventivité. Les compos fourmillent de détails qui prédestinent le meilleur dans les années à venir.

Fange démarre à 22h20… et le groupe de Harsh & Sludgy Death retourne littéralement la salle de l’Étage. Programmé au Motocultor cette année, le quator démontre toute la pluralité de la musique Metal. La puissance est là mais quelle technique ! La rythmique est solide, précise, judicieuse… Un jeu subtile qui ne fait à aucun moment de l’ombre à l’énergie brute du chant. Un groupe très prometteur, à voir sans tarder en live !

Les bons musiciens font avec les soucis techniques et ce soir-là, Hexecutor s’en sort avec brio. Le groupe de Thrash démontre toute son aisance sur scène. Des enchaînements rapides, une belle présence et un son quasi old-school. Les musiciens signent quelques textes chantés en français : une orientation qui donne une véritable dynamique à leur musique. Des titres comme Hélène Jegado ou encore La Sorcière du Marais sont accessibles sur Bandcamp.

Voight Kampff

Fin de soirée… Il est un peu plus de minuit quand Voight Kampff monte sur scène. D’emblée, le talent et l’habileté technique des musiciens saute aux yeux. Le groupe de Techno Thrash donne une impression de facilité comme seuls, les grands musiciens savant le faire. Des compos façonnés avec finesse, une énergie teintée de S.F., des riffs éclairés…. Ils offrent un travail abouti qui explose en live. Yeux fermés, frontman au-devant de la scène, batterie qui martèle les fûts… Ce soir, ils jouent pour « leur frère » disparu. Depuis 2013, Mathieu Broquerie était guitariste chez Voight Kampff et grâce à eux, sa créativité continue de résonner à travers leur musique. Un hommage délicat… et vivant pour un acteur de la scène locale pionnier du Hardcore à Rennes dans les années 90.

Une préparation au millimètre, un public qui répond présent, une prog qui met en lumière la diversité de la scène Metal… Oui, cette soirée est un sans faute pour les équipes de I’m From Rennes et de Garmonbozia ! Mais voilà, ce Vendredi 13 marque un tournant… Le début de quelque chose pour les uns, la fin d’une époque pour les autres… RIP Mathieu Broquerie. RIP Philippe Pascal, chanteur emblématique du groupe Marquis de Sade. Quand elle prend les chemins du studio, la musique a ce pouvoir de figer le temps. Messieurs, votre talent ne s’éteindra pas.

Caroline Vannier

Article également publié sur Metalorgie (sous le pseudonyme Ubuto Kro)
https://www.metalorgie.com/live-reports/1883_I-m-From-Rennes_le-13-09-13-Rennes-L-Etage


Prophets of Rage, à l’Olympia (Paris) – 8 août 2019 –

Il y a des artistes qui savent plaquer les mots justes sur les problèmes de ce monde. Des musiciens qui ont le truc pour créer des morceaux qui sonnent dès la première écoute. Les Prophets of Rage ont cette force et au vu de leur formation, on comprend pourquoi : trois membres de Rage Against the Machine, deux de Public Enemy, un de Cypress Hill… Une expérience qui donne le vertige ! Les gars sont là depuis une trentaine d’années… et ce qui est beau, c’est qu’ils ont su avancer avec la rage de leur début.

Ce jeudi 8 août 2019, Prophets of Rage passe par Paris, à l’Olympia. Comme beaucoup avant eux, leur nom est annoncé à l’ancienne, en grosses lettres rouges sur cette façade quasi-mythique. La plus vieille salle de la capitale passe les épreuves du temps avec un historique qui ferait pâlir plus d’un programmateur. Des grands de la musique sont passés par là : Jeff Buckley, Jacques Brel, Edith Piaf, les Stones, Jimi Hendrix (certes en première partie, mais quand même)… Avec une acoustique exceptionnelle et une belle proximité avec le public, elle demeure un vivier unique pour les artistes de tout horizon. Seul problème, l’Olympia est désormais propriété du groupe Vivendi… Triste monde qu’est celui du tout capitalisme… mais joli pied de nez quand on sait qu’un groupe qui dénonce ce système investit les lieux ce soir.

Dans la salle, des fans de la première heure… mais aussi des jeunes et moins jeunes comme cet homme de quatre-vingt ans qui fend le public pour s’approcher de la scène. Bref, des passionnés de musique qui sont aussi très curieux de découvrir les Nova Twins, le groupe qui assure la première partie. Cette formation de Londres au style urban punk est composée de deux musiciennes et d’un batteur. Un trio, passé au Hellfest en 2019 et qui a visiblement marqué les esprits. D’entrée de jeu, il est clair que Amy Love et Georgia South sont les dignes héritières d’une fusion à la Rage. Du flow, de l’énergie, des riffs qui sonnent à la Morello et à la Commerford. Ouais, une vraie présence scénique et une identité musicale déjà très affirmée pour ces compositrices d’à peine vingt ans. Un groupe très prometteur à découvrir sans tarder en live !

Très vite, l’ambiance monte. Les lumières s’éteignent… N’est-il pas trop tôt pour Prophets of Rage ? Grosse surprise quand DJ Lord entre seul sur scène. Pendant une trentaine de minutes, il enchaîne les mix de morceaux devenus des classiques du rock et du metal. Black Sabbath, les Stones, AC/DC… mais petite incompréhension quand le public siffle l’hymne américain interprété par Jimi Hendrix. On peut voir ce qu’on veut dans cette version mais sûrement pas le « règne » de Trump, alors pourquoi cette réaction ? Est-ce l’Amérique toute entière qui est huée ?

Voile noir, sirène, poings levés… Les Prophets of Rage arrivent quand on ne s’y attend pas. Et c’est une vraie claque ! La touche fusion est bien là… Des riffs de guitare tellement propres à Morello, une rythmique juste et habile… Les musiciens de Rage proposent un son unique et maîtrisé qui ne vieillit pas. Bien au contraire, il se bonifie avec le temps, développant des variantes subtiles aux morceaux les plus connus. Un socle solide qui même après avoir connu plusieurs formations ne s’est jamais altéré. Ça c’est pour la partie musicale mais il y a le chant… et quelle performance !

Le duo formé par les rappeurs B-Real et Chuck D est impressionnant. Leurs voix martèlent avec puissance et éloquence des textes forts et engagés. Ils enchaînent les nouvelles et anciennes compos avec une facilité déconcertante. Pas une ride dans leur approche. Il faut dire que le groupe s’est monté en réaction à la campagne de Trump et cet engagement citoyen est palpable sur scène. Une prestation sincère qui clame tout haut ce que beaucoup pensent tout bas.

Les morceaux présents sur le dernier album – et quelques nouveautés – de Prophets of Rage sont distillés tout au long du concert : Unfuck the Word, Heart Afire, Legalize me… À souligner, ce très bon moment sur Hail to the Chief quand Tom Morello et DJ Lord se répondent par riffs et samples interposés. Autre instant à retenir : le trio formé par les gars de Public Enemy et de Cypress Hill au milieu du concert. À eux trois, ils enchaînent Night of the Living Baseheads, I Ain’t Goin’ Out Like That, Can’t Truss It, Insane in the Brain, Bring the Noise ou encore Hand on the Pump. Une exclu 100 % hip-hop qui démontre tout le talent des deux frontman.

Pas de temps mort pendant le show : de l’explosif mais pas que… Beaucoup de respect et d’humilité quand Morello, Commerford et Wilk interprètent Cochise d’Audioslave. Le micro est éclairé à l’avant de la scène… Pas de chanteur mais une empreinte, celle d’un musicien exceptionnel parti trop tôt mais qui aura marqué l’histoire du rock et du grunge. RIP Chris Cornell.

La musique a ce pouvoir de passer d’une émotion à l’autre… et les morceaux de Rage Against the Machine s’enchaînent pour le grand plaisir des fans… Testify qui déboule derrière le premier morceau du concert. Suivent des classiques comme Know your Enemy, Bullet in the Head, Bulls on parade…. et bien d’autres. On retiendra Killing in the Name qui crée un bordel monstre. Mais quel bon bordel ! À l’avant, c’est la folie. Au milieu, c’est la bagarre. À l’arrière, ça gueule les paroles… et dans les balcons, les gens se lèvent enfin. Comme à son habitude, Morello fait le solo de fin à une main. Quel talent ! Et quel cadeau quand ils terminent le show sur Bombtrack.

Prophets of Rage, c’est du très bon son mais au-delà de la musique, ce sont aussi des artistes authentiques et engagés. Ce groupe est une sphère de liberté qui laisse chacun exprimer ses revendications comme il l’entend. Certains retiendront le solo de Tom Morello avec les dents qui dévoile une croix gammée barrée derrière sa gratte. D’autres, son soutien aux gilets jaunes. Peu importe… Le message qu’il passe est de ne surtout pas se taire. La soumission est la pire des prisons. Avoir une opinion et la confronter aux autres est salutaire aujourd’hui. Qu’on soit d’accord ou pas, mieux vaut débattre haut et fort que ne rien dire !

Caroline Vannier

Article également publié sur Metalorgie (sous le pseudonyme Ubuto Kro)
https://www.metalorgie.com/live-reports/1875_Prophets-Of-Rage_le-08-08-19-Paris-Olympia

Tambours du Bronx : W.O.M.P, à l’Étage (Rennes) – 5 avril 2019 –

Ce vendredi 5 avril 2019, c’est la première des Tambours du Bronx à Rennes en mode W.O.M.P. Dans la salle, pas mal d’habitués mais aussi une poignée de curieux… Des gens venus en nombre et qui ont envie d’entendre battre les bidons. Mais ne risquent-ils pas d’être surpris ? Oui, ce soir, les Tambours ne résonneront pas seuls… guitares, voix, samples… Le show sonnera metal. Le public les attendent-ils dans ce registre…

Surprendre, se réinventer, exploiter de nouvelles pistes… N’est-ce pas la marque de fabrique de ce groupe pas comme les autres ? Depuis bientôt 30 ans, les gars de Varennes-Vauzelles tracent leur route sans calcul. Une liberté qui les a tout récemment mené à jouer avec Sepultura… Ouais et c’était quelque chose ! Ceux qui ont eu la chance de les entendre marteler les fûts sur Roots Bloody Roots s’en souviennent encore. Allemagne, Pologne, New-York… partager la scène avec le groupe de thrash metal brésilien les nourrit d’une nouvelle expérience. Un élan qui leur donne l’envie d’aller plus loin : monter un show metal avec pas mal d’artistes qui comptent sur la scène alternative française. Le premier à dire oui est le batteur Franky Costanza (Dagoba, Blazing War Machine). Suivent, Reuno (Lofofora, Mudweiser, Madame Robert…) et Stéphane Buriez (Loudblast) au chant. Quelques Tambours troquent aussi les bidons contre la guitare et la basse. Tout s’est fait très vite et après une série de concerts (Motocultor, Rock Your Brain Fest…) ainsi qu’un album très réussi – sorti le 19 octobre 2019 –, ils entament une tournée qui promet d’être spectaculaire. Alors, on écoute ce que ça donne ?

20h30, Flayed – Hard Hitting Rock’n’Roll Groove Machine – monte sur scène. Ils assurent la première partie et le moins qu’on puisse dire c’est que ça claque ! De la maîtrise, du style, un son… les musiciens ont une véritable signature musicale qui rafraîchit l’approche du rock. Pas mal d’influences dans leur musique… Des riffs seventies couplés à une rythmique très groove et un chant, en anglais, porté par une voix à la Dave Grohl. De la fusion qui explose en énergie et qui prouve que jouer de telles rythmiques n’est pas réservé aux groupes anglais et américains. Il y a du bon, même du très bon chez ces musiciens qui viennent de Vienne dans l’Isère. Ils font le show sans jamais trop en faire : une presta tout en transparence au service de leur musique. À voir et revoir !

Flayed

Flayed vient de sortir de scène mais le public ne s’éloigne pas. Ceux qui sont devant ne veulent pas perdre leur place et ils ont raison ! Le temps de ranger le matos et une dizaine de musiciens arrivent déjà dans la pénombre… Des samples, des grattes qui se placent… premiers coups de baguettes… et les mailloches qui martèlent les bidons. Les Tambours sont là et leur entrée est fracassante ! Ils défendent leur dernier album et ils le font bien. Ils démarrent avec Mirage Eternel, un morceau servi par la voix et les mots de Reuno. Une compo « qui mélangent les figures de Lawrence d’Arabie et de la British Petroleum ». Le ton est donné et l’enchaînement avec Never Dead ne fait qu’accentuer la puissance de ce concert hors norme. Grosse surprise quand un autre chanteur débarque… on s’attendait à voir Stéphane Buriez mais c’est Renato Di Folco – frontman chez Flayed – qui les rejoint sur scène. À peine vingt minutes après son concert, il offre un chant plus metal, saturé… Une performance ! L’un des nôtres, Le Mal, Jour de Colère… Les morceaux défilent et la gamme rythmique des compo est impressionnante. La horde est là mais la batterie n’est pas en reste… Le jeu de Franky Costanza ressort avec simplicité et subtilité. Un dosage au millimètre qui propose une lecture groove, claire et puissante. Pas mal de reprises aussi… Prodigy, Gainsbourg et forcément Sepultura. Des réappropriations soignées qui sonnent une fois de plus très justes.

Tambours du Bronx

Weapons Of Mass PercussionW.O.M.P est une expérience à vivre sur scène : du son puissant, inventif et authentique. Un bol d’air de créativité fait pour le live ! Les Tambours du Bronx – tout comme les musiciens qui les entourent – font partie de ces artistes qui refusent d’avoir des zones de confort. Des gens de talent qui cherchent sans cesse à se réinventer avec force et simplicité. Les Tambours version metal, c’est à ne pas louper ! Alors, vous y allez quand ?

Caroline Vannier

Article également publié sur Metalorgie (sous le pseudonyme Ubuto Kro)
https://www.metalorgie.com/live-reports/1832_Les-Tambours-Du-Bronx-Flayed_le-05-04-19-Rennes-Le-Liberte

Franz Ferdinand, au Liberté (Rennes) – 23 mars 2018 –

L’histoire de Franz Ferdinand commence comme un bon vieux western. Quelques verres descendus dans un pub de Glasgow, une plaisanterie mal comprise et une altercation qui éclate. Alex – chanteur – et Nick – guitariste – échangent quelques mots et puis, les insultes font place à une franche discussion entre musiciens. Pas d’intox : c’est le vrai point de départ de l’aventure Franz Ferdinand et ça fait dix-sept ans que ça dure ! Comme quoi, les engueulades ont parfois du bon.

Sur scène, le groupe écossais se démarque par une complicité de longue date… sauf que, pour cette tournée 2018, les concerts se feront sans Nick. Pas de dispute sur ce coup-là, juste une pause pour le guitariste. Mais voilà, l’harmonie entre les zicos sera-t-elle toujours au rendez-vous ? Le public va-t-il s’y retrouver ?

Dino Bardot – guitare – et Julian Corrie – guitare et clavier – remplacent Nick McCarthy… Deux nouveaux visages et un son qui se veut plus electro pour un dernier opus concocté par Philippe Cerboneschi « Zdar » – duo Cassius et producteur de The Rapture, Phoenix, OneRepublic… –.

Dès leur entrée sur scène, le groupe assume cette nouvelle touche. Le style du morceau « Always Ascending » est à la fois vibrant et planant : une approche quipeut étonner mais qui fonctionne. Les musiciens jouent sur les amplitudes et instaurent très vite, une ambiance presque dancefloor pendant les quinze minutes suivantes. Et puis, ce qui fait la force de Franz Ferdinand opère dès la quatrième compo, le groupe place une grosse rupture avec « Walk Away » là, en plein milieu de ce trip electro. Sous ses airs blues-western, le morceau rappelle que la bande de Glasgow n’a pas oublié son côté Rock. Un mélange des genres qui fait du bien ! Une gestion habile qui ne dénote en rien avec le morceau suivant « Lois Lane » aux tonalités pourtant très proches de la musique New Wave.

Tout au long du concert, Franz Ferdinand propose un jeu à la fois soigné et désinvolte, les musiciens ont l’art de mettre en avant une rythmique atypique qui embarque le chant et les grattes sur des chemins contrastés. Simple à l’écoute, la construction des compo est pourtant beaucoup complexe qu’il n’y paraît. Une magie reflétée par des morceaux tels que « Ulysse », « Mickael » ou encore « The Dark of the Matinée ».

Mené par un chanteur un brin déjanté, le jeu scénique n’est pas en reste : tout autant à l’aise sur grandes et petites scènes, le groupe sait créer une proximité sincère avec son public. Une approche spontanée qui abolit les frontières, créant une complicité presque immédiate. Bah ouais, on a envie de les inviter au pub après le concert !

Et le meilleur moment du show dans tout ça ? Sans aucun doute, quand les quatre gars – guitares et basse à la main – se mettent en ligne droite face au public pour interpréter « Take Me Out ». Ouais, on tape dans les classiques mais c’est bon à entendre !

Pour ceux qui ont loupé ça, session de rattrapage en juillet et août 2018 dans le cadre des festivals Musical 2018 à Aix-les-bains et Fête du Bruits à Landerneau.

Caroline Vannier

Article également publié sur Metalorgie (sous le pseudonyme Ubuto Kro)
https://www.metalorgie.com/live-reports/1691_Franz-Ferdinand_le-23-03-18-Rennes-Le-Liberte

Brant Bjork, à l’Ubu (Rennes) – 9 octobre 2017 –

Lundi 9 octobre. Dans les rues de Rennes, tout a un goût de début de semaine : peu de circulation, des terrasses désertes et des gens qui se pressent pour rentrer chez eux. Bref, la ville s’endort avant l’heure. Mais si on s’attarde rue Saint-Hélier, on remarque que ça s’active du côté de l’UBU. Forcément, Brant Bjork joue ce soir mais l’info n’est pas évidente. La com’ est discrète : pas d’affiche visible, pas de nom sur le panneau extérieur mais le message est passé… Ce n’est pas complet mais il y a du monde.

Quand on franchit les portes de l’UBU, on entre dans un lieu à part. La salle de concert ne ressemble à aucune autre : la proximité avec la scène est telle qu’elle abolit presque les frontières entre le public et les musiciens. À chaque fois, il y a un truc qui se passe là-bas, voir et entendre de cette manière rend chaque prestation unique. Et ce soir, l’UBU a des airs de club américain… Un club qui pourrait se situer quelque part entre Seattle et Palm Desert. Oui, ça en fait des kilomètres… Bon, pour être plus précise et surtout pour être raccord avec les débuts de Brant Bjork, l’évidence serait de planter le décor en plein désert, dans une soirée de type generator party.

En prenant place dans la fosse, on se rend compte que le groupe est déjà sur scène : les guitaristes grattouillent et font des réglages de dernières minutes. Et puis le concert démarre comme ça, à la cool. Pas de grosse mise en scène mais question look, on a l’impression d’être transporté en pleine époque hippie : chemise kaki bardée d’écussons, cheveux longs, bandana… Ça bouge peu mais qu’est-ce que ça a de la gueule ! Et quel son ! Toute la place est laissée à la musique : le guitariste – Bubba DuPree prend même parfois du recul pour mieux sentir le riff à venir. Et oui, les gars prennent du plaisir : il y a des regards et des expressions qui ne trompent pas. Ils kiffent le moment présent.

Pendant presque 2h00, ils enchaînent sans peine des titres comme Stackt, Buddha Time ou encore Lazy Bones / Automatic Fantastic. Brant Bjork, l’ancien membre du groupe Kyuss* n’a rien perdu du stoner de ses débuts. Il y a du son lourd mais pas que… certaines intro sont purement instrumentales tirant sur le blues et c’est un vrai régal. Pendant tout le concert, monsieur Bjork prouve qu’il n’est pas enfermé dans un style, son approche multi-instrumentiste – il est guitariste-chanteur mais aussi batteur et bassiste – et sa voix teintée de grunge apporte aux morceaux une texture différente. Côté tempo, les musiciens ont appris à bonne école : la rythmique est minimaliste mais efficace. Le batteur, qui a un kit composé – entre autre – d’un double tome basse et de cymbales rides, privilégie une frappe forte et sans concession. Tout est parfaitement réglé mais avec une sacrée dose de décontraction. La folie ne vient pas de cette bande-là mais plutôt de Sean Wheeler, le chanteur du groupe punk-rock Throw Rag qui apparaît au milieu et à la fin du show pour interpréter quelques morceaux. Le guest apporte une présence scénique anticonformiste qui sied bien à l’ambiance de la soirée.

Brant Bjork, c’est un mélange de rock et de metal avec une dose de psychédélique : du pur stoner qui se découvre ou se re-découvre en live. Un grand merci à Garmonbozia et à l’UBU pour le soin apporté à leur prog. : voir de tels artistes à deux pas de chez soi est un réel privilège.

Caroline VANNIER

* Kyuss est considéré comme l’un des groupes fondateurs de la musique stoner. Il est initialement composé de Brant Bjork (batterie), Josh Homme (guitare), John Garcia (chant), Chris Cockrell (basse) puis de Nick Oliveri (basse).

Article également publié sur Metalorgie (sous le pseudonyme Ubuto Kro)
https://www.metalorgie.com/live-reports/1598_Brant-Bjork_le-09-10-17-Rennes-L-Ubu

Summerbowl of hardcore fest 2018, au Jardin Moderne (Rennes) – 7 juillet 2018 –

À Rennes, le Hardcore, c’est l’affaire de Face to Face et de Kob. Les deux asso ne revendiquent rien mais elles sont force de proposition. Présentes sur le terrain depuis quelques années, elles mettent en avant des groupes issus de la scène locale et internationale. Et ce samedi 7 juillet, elles annoncent une bonne bagarre ! À l’affiche : Slapshot, Foreseen, Get the Shot, Ultimhate, Red Death, Elephants, Defiance, Mind Awake, Silent-T-error et Recedant Somnia.

Dans un concert de Hardcore, c’est compliqué de livrer un live report complet. Le plus souvent, on a pas d’accréditation officielle. On est dans la fosse comme tout le monde, alors il faut se débrouiller pour capter les bons moments. Les photographes ont des techniques différentes : certains sont équipés de grands objectifs pour saisir l’instant à distance, d’autres s’approchent au plus près de la scène. Mais on a beau dire, la meilleure façon de restituer l’ambiance, c’est d’aller au contact. Metalorgie l’a fait pour trois groupes : Red Death, Ultimhate et Get the Shot.

Red Death

Le Jardin Moderne : 20h30. Cinq gars montent sur scène : Red Death, une formation qui vient tout droit de Washington DC. Le line-check est rapide mais précis : les musiciens savent ce qu’ils veulent. Il faut dire que le groupe enchaîne les dates en Europe depuis presque 15 jours. Dans la salle, le public est dispersé mais il y a un timing à respecter, alors les mecs commencent sans discuter. Le son des américains est excellent. Des riffs efficaces qui sonnent résolument rock et une rythmique percutante. Le chanteur – qui est aussi bassiste – fournit une presta écorchée. Pendant les 35 minutes de show, on a presque l’impression d’avoir tous bougé dans une usine désaffectée quelque part aux États-Unis. Rageuse et maîtrisée, la technique est belle et on en redemande. Mais pour l’heure, c’est au tour d’Ultimhate !

Après 13 ans de bons et loyaux services, le groupe de Hardcore rennais tire sa révérence. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ça se fera à grand bruit. Ce soir, il y a du monde pour leur dernière date. À peine sont-ils montés sur scène que les gens se pressent dans la fosse. Pas de barrière avec le public : l’espace est à tout le monde. Les musiciens discutent, laissent les potes monter sur scène… Oui, ils sont disponibles et savent mettre à l’aise : la preuve, y’a même un type qui bavarde à la cool, à poil au milieu de la salle. Et puis sans prévenir, le show démarre à fond. L’énergie est là et elle est maintenue pendant tout le concert. À peine une pause entre deux compos et ça repart. Ian et Yvan, les deux chanteurs ne lâchent rien et ils ont toujours un œil attentif pour le public : un check, un micro tendu à des types qui hurlent leurs textes… Ultimhate, c’est aussi la rue qui s’invite sur scène. Le discours est engagé : des mots sans concession qui font du bien en ces temps d’indifférence. Un gros big up pour Ultimhate ! Un groupe de passionnés qui continuera à marquer la scène rennaise : bah oui, l’orga des asso Face to Face et Kob, c’est la marque de Jo et d’Yvan. Ah, ils diront sans doute qu’ils ne sont pas tout seuls, qu’il y a du monde dans la team… mais bon, ils en sont quand même pour beaucoup dans l’affaire.

Ultimhate

Il est presque 22h30 et Get the Shot entre en scène. Les canadiens sont bons, très bons. Créatif et précis : leur jeu est diaboliquement efficace. Que dire ? Du travail, du talent… et une vraie présence scénique. Quelle claque ! Quel niveau ! L’architecture des morceaux est solide et mesurée. Une énergie tout en subtilité qui ne cesse de surprendre le public. La partie rythmique offre un chapitrage des morceaux riche et cohérent. Les guitares occupent l’espace avec intelligence : un son fluide et puissant qui ne tombe jamais dans la facilité. Côté vocal, J-P est là ! Selon les moments du morceau, il donne une approche différence à son chant : la technique est maîtrisée et le discours chargé de sens. Et le boulot ne s’arrête pas là, le gars ne cesse de parcourir la scène de gauche à droite : il fait le show, semant un chaos généralisé dans la salle. C’est certain, le public du Jardin Moderne n’oubliera pas cette presta honnête, généreuse et solide. À quand le prochain concert en Bretagne ?

Get the Shot

Avant de boucler, juste un petit mot pour Silent-T-error qui jouait son dernier concert. Un groupe qu’on a trop peu vu sur scène malgré un talent indéniable. Il aurait mérité plus de visibilité. On espère retrouver tous ces musiciens très vite dans d’autres formations.

RIP Ultimhate.
RIP Silent-T-error.
Une page se tourne mais on attend de pied ferme de nouveaux projets. Merci et à bientôt pour une bonne bagarre !

Caroline Vannier

Article également publié sur Metalorgie (sous le pseudonyme Ubuto Kro)
https://www.metalorgie.com/live-reports/1732_Summerbowl-Of-Hardcore-2018_le-07-07-18-Rennes-Jardin-Moderne