Ubutopik

Des histoires qui se vivent

Catégorie dans Les acteurs de la scène locale

« Bistrots, Rades et Comptoirs » (février 2017)

Faire un Road Trip, qui n’a jamais fait, ne peut savoir ! Un plaisir innocent et vivifiant !  Se lever tous les jours dans un endroit frais, neuf, qui on ne sait pourquoi, se casera dans une mémoire à l’habitude si défaillante…  Confortable sensation pour un nomade à l’occidental, certes, il est plus facile de partir quand on sait que son chez-soi a un toit… migration du riche, migration du pauvre, l’un fonce vers le Sud pour découvrir quand l’autre monte vers le Nord pour survivre… Je m’égare : le propos,  c’est l’âme du bistrot et pas n’importe lequel … celui de notre péninsule !!! Un bouquin « Bistrots, Rades et Comptoirs » tombé sous le sapin. Le sujet ? Deux gars de la Vilaine (Sylvain Bertrand et Yann Lestréhan) qui décident un projet, né dans des comptoirs rennais : faire le tour des bars, pas « hype », mais atypiques ou plutôt, les plus attachants de notre contrée. Un mois de pinte, de ballon de rouge, de shooter : ça c’est pour le côté sportif de la chose. L’autre qui va de soit, c’est ce qu’on découvre à travers ce récit accompagné de photos, une aventure humaine, des rencontres, une visite dans le quotidien d’une société de partages qui n’a pas besoin de se réinventer puisqu’elle n’a jamais cessé d’exister.

Le livre relate ces jours remplis d’ivresse émotionnelle Chez Jeanine, de « vibration patriotique » (bretonne bien sûr) au Saint Jakez, l’abri du Vent ou au Ty Elise, des blagues à l’Halte là, de l’altruisme de Lambert, de l’ouverture d’esprit du Refuge ou de chez Karim au FaouëtChez Minouche, on comprend l’intérêt de lever la tête sans regarder le plafond et au Cap Sizun, on prendra un vin chaud à la Buvette … Ces brèves de comptoirs se succèdent dans une cacophonie réjouissante à travers des portraits, des visages de pays au-delà des clichés, des tranches de vie et des moments qui font du quotidien une jouissance de la vie ! Le début de la lecture débute par un sentiment de curiosité, puis progressivement on se forge la conviction qu’il est anormal de s’étonner tant le récit nous fait partager la convivialité dont chacun peut s’enrichir par la découverte de l’autre.  Un véritable pied de nez à cet individualisme latent de notre société qui déserte ces lieux ! Devoir de mémoire : je pense aux bistrots du village de mon enfance,  à l’époque, j’en recense huit, aujourd’hui je n’en vois plus que trois. Tout comme les raisons de ces disparitions… la vie qui se délite en campagne, la déesse Hygiena devenue reine et le rapport antinomique de l’ivresse et du volant. Le récit incite et séduit à l’idée d’un pèlerinage breton d’un genre « mauvais pour le foie » mais plutôt bon pour la foi en l’Homme. Habitué des bistrots rennais, mon empathie est inscrite dans mes gènes, je n’ai pas beaucoup d’esprit critique à l’égard de ce livre. Il m’aura permis de pointer un regard autre sur mon troquet de quartier. Peut-être qu’au lieu d’acheter mon journal ou mes clopes je prendrais le temps d’y boire un café ou qui sait… un ballon de vin rouge en pensant à mon aïeul, lui l’habitué du bistrot un peu trop vite parti pour m’enticher de plus amples souvenirs… N’hésitez pas à vous jeter sur ce livre ! Et vous en sortirez avec de belles convictions !

Benjamin Vannier

Jean-Yves : un acteur de la scène locale (août 2017)

Si vous poussez les portes du Mondo Bizarro ou du Terminus, vous croiserez sûrement Jean-Yves. Veste en cuir, cheveux longs, barbe bariolée… Une vraie dégaine de rockeur. Le personnage est bien connu des Caf’Con’. Des années qu’il fréquente les bistrots rennais (et pas que) pour entendre du son live. C’est qu’il en a usé des chemises à bouger au rythme des groupes de rock, folk, punk ou metal. Ce soir, il est au Mondo : il vient pour The Dictators, une formation punk-rock américaine qui sévit depuis les années 70. Il les a déjà vus mais peu importe : il sait que ça sera encore différent cette fois. Dans le public, il est devant, au plus près de la scène. Une façon de sentir l’ambiance, de recevoir à bloc ce que vont balancer les zicos. Quand le concert démarre, pas moyen de détourner son attention. Il plonge parfois la main dans sa poche pour en sortir son appareil photo mais ça ne dure pas. L’important est de profiter du spectacle. À la fin du show, on prend un verre, on discute… L’homme est encore dans le concert mais il cite déjà tous ceux qu’il verra demain : des groupes du coin pour la plupart. Il faut dire qu’il en connaît un rayon sur le sujet… Au niveau local, il est presque incollable. Quand il en parle, il évoque les anciens comme Marquis de Sade avec Frank Darcel retrouvé dans le groupe Republik et Daniel Pabœuf – le saxophoniste du groupe qu’il suit toujours – « Je le vois sur scène depuis quarante ans et à chaque fois, je me prends une claque ». Mais aussi des plus jeunes comme Season Of Tears ou Black Boys On Moped. La scène, c’est quelque chose pour Jean-Yves. Un truc éphémère et puissant qu’il sait partager avec les musiciens. Mais bon, il est temps de laisser la parole à ce passionné… on aurait tort de s’en priver.

1 – Ton premier souvenir de musique ?
Steeleye span : c’est du folk-rock. En vinyle. L’un des premiers qui m’a vraiment marqué… Vers 1974. Non, peut-être fin 1973, début 1974.

2 – Quel musicien aurais-tu pu être ?
Tout dépend de mon état du moment. Là, j’écoute plutôt du mélancolique, du cool. Mais c’est vrai que le jeu de scène est important pour moi. Robert Plant, j’adore ! Et Delilah, la chanteuse de The Last Internationale : ce groupe est capable d’aller dans les usines pour soutenir les ouvriers.

3 – Quel regard portes-tu sur la scène locale ?
Absolument génial ! Beaucoup de groupes. Les entrées sont très abordables. Oui… et des styles très différents ! Il y a toujours des nouveaux groupes qui apparaissent. Mais il y a aussi les anciens que je revois parfois dans d’autres formations. Sinon, j’aime bien voir les jeunes, ceux qui débutent : quand ils jouent, ils mettent leurs tripes. Le seul truc que je fais pas, c’est d’aller dans les concerts electro.

4 – As-tu créé des liens particuliers avec des groupes locaux ?
Il y a des groupes qui ont dormi chez moi comme CrashBirds ou Healthy Junkies. Il y a aussi des groupes et des gens avec qui le contact passe bien comme Glam Dicinn ou Tom, le chanteur des Chouch’n’ Molotov. Je pense aussi à Gilles et Mich de Vern ou Aurélie. The Inspector Cluzo aussi : je les ai revus à l’Ubu en début d’année… Bientôt dix ans que je les vois une fois par an. Ils tournent régulièrement. Ce sont des personnages : humainement, ils ont quelque chose à dire.

5 – Et les Black Boys On Moped ?
Oui, je leur ai prêté ma voiture pour leur tournée en Italie. Et ils m’o remercier.

6 – Qu’aimes-tu dans la musique que tu ne trouves pas ailleurs ?
Alors là, tu me surprends. Je peux utiliser mon joker ? Quel groupe de musique ferais-tu jouer devant des extraterrestres ? Je dirais Magma mais c’est juste parce qu’ils chantent en Kobaïen. Mais j’aime bien ce groupe. – Intervention du gars qui prend son café à la table à côté – « Il y a aussi Gong. » Ah oui, Gong ! Un type de musique complètement barré.

7 – Si tu étais un instrument, qu’est-ce que tu serais ? Joué par qui ?
Alors là, j’aime bien la guitare basse. Mais jouée par qui ? Xavier Soulabail le bassiste de Brieg Guerveno et de Buck. J’aime bien la basse quand c’est joué très guitare, dans un duo par exemple. Dans le coin, il y a les Freak Magnet qui font ça : un duo basse – batterie.

8 – La meilleure époque pour la musique ?
Maintenant. Je peux sortir. J’ai suffisamment de fric et je suis disponible aussi. Après, dans les années 70-80, j’ai pris des claques. À la salle de la Cité, avec Shakin’ Street et Little Bob. À l’époque, il y avait des festivals – moins qu’aujourd’hui – mais je me souviens par exemple d’Elixir.

9 – Ton meilleur souvenir de concert ?
Shakin’ Street à la Cité. Et quand je les ai réécoutés, j’avais toujours les frissons. Mais bon, je continue à me prendre des claques. Cette année, par exemple, je suis encore sûr de découvrir plein de trucs à Binic.

10 – Qu’est-ce qui te fait vibrer sur scène ?
Ça peut être l’apparence, se créer un personnage. Et surtout, regarder le public : ne pas se créer une barrière. Je préfère les petites scènes, c’est plus chaleureux.

11 – Quel groupe majeur es-tu incapable d’écouter ?
The Beatles. Alors, heureusement qu’il y avait John Lennon dans le groupe… Parce que McCartney, je supporte pas. C’est trop propre.

12 – Vinyle ou CD ?
Ni l’un, ni l’autre. Plutôt MP3 : c’est plus facile à gérer. J’aime bien le vinyle pour la beauté de l’objet, mais j’ai aussi des CD magnifiques comme celui de 13 Thole.

13 – Rock is dead, tu valides ?
Pas du tout. J’en vois suffisamment qui sont bien vivants. Alors oui, quand tu vois les trucs à la télé et tout ça, ça aurait pu… mais non.

14 – Quel groupe ferais-tu revivre ?
Pff… C’est piégeant ça. The Kinks avec les frères Davies.

15 – Un classement des meilleurs cafés concerts du coin ?
Ça varie. Le Mondo Bizarro, j’y suis parfois allé plusieurs fois par semaine. J’y ai vu plein d’excellents concerts. Passer au Mondo, c’est quand même quelque chose pour un musicien. C’est une institution. Il y a aussi le Terminus et Le Marquis de Sade qui sont plus alternatifs. En fait, j’y suis allé un peu dans tous : le Ty Anna Tavarn et La Cave à Flo mais j’y vais surtout pour l’ambiance. Sinon, il y a les squats comme l’Elabo. J’ai vu Clint là-bas : un mélange de concepts – danse, musique, acrobatie et peinture – c’était vraiment très bien.

16 – Et chez Patrick, à la Fontaine de Brocéliande ?
Oui, j’y ai vu des supers concerts. Parfois, on était qu’une vingtaine dans la salle mais il se passait vraiment quelque chose avec les musiciens. Mais j’y vais un peu moins, ça fait un peu de route quand même !

17 – Le dernier concert avant la fin du monde ?
Oh, tu déconnes. La fin du monde, j’y crois pas. Je m’en fous de la fin du monde.

18 – Si tu croisais Gandhi, quel groupe lui ferais-tu écouter ?
Ah, je mettrai un coup de Ramoneurs de Menhirs. Je trouve qu’il y a des parallèles entre la musique bretonne et indienne.

19 – Un dernier mot ?
Patti Smith et son album Horses, 40 ans plus tard c’est toujours une tuerie.

 

Caroline Vannier

MASS Metal au sous-sol : rencontre avec William (février 2018)

Un ordinateur, une caméra, une bonne connexion… et c’est parti. Aujourd’hui, on peut presque tout faire de chez soi : en quelques clics, il est possible de créer sa propre émission sur Internet. Avec un minimum de matos, des plateformes comme YouTube proposent un cadre et une diffusion quasi immédiate. D’accord… Mais encore faut-il avoir la bonne idée. Le truc qui fera la différence et qui ne s’ajoutera pas à la liste de toutes ces émissions qui poussent sur la toile. Alors, comment se démarquer ? Qu’est-ce qui apporte de la visibilité ? Comment trouver un sujet béton ? STOP… Non ! Alors, là… on a tout faux ! Tout ce baratin ne colle pas du tout avec la vision de William. Oui, c’est vrai, il a sa propre chaîne sur YouTube. Oui, il aime passer du temps sur Internet – il dit avoir un côté geek –. Mais… quand il crée son émission de metal, c’est d’abord à des passionnés qu’il s’adresse. Son but ? Parler de musique, de groupes locaux, de potes, de gens rencontrés sur les routes… c’est ça, son moteur. Tout le reste, il s’en fout. Oh, s’il fidélise un public et qu’il reçoit des commentaires qui font mouche, il ne va pas bouder son plaisir. Mais la visibilité, la course au plus grand nombre de vues, le record d’abonnements à sa chaîne… ça n’a pas d’importance.

Non, parlons plutôt de rencontres, parce que MASS Metal au sous-sol, c’est d’abord l’aventure d’une équipe, ce que nous confirme William : « Oui, ça faisait un moment que j’avais le concept dans la tête ! J’ai rencontré les bonnes personnes et je me suis lancé ». William fédère. Il présente aussi l’émission mais il n’est pas seul. Au cours de notre entretien, il ne cesse de citer les noms de ceux qui bossent à ses côtés : Joeun Lee qui gère la captation et le cadrage vidéo, Théodore du Pontavice qui s’occupe de la lumière et Sylvain Le Roux, le cameraman qui fait tous les montages. Sylvain, c’est avec lui que tout a commencé : « Il fallait que je rencontre des gens motivés et capables de faire du montage. J’ai discuté avec Sylvain que j’avais rencontré en tant que batteur au sein du groupe Blood For Breakfast. C’est par la suite qu’on est devenu de bons amis et colocataires et l’émission a démarré comme ça. » Un concept qui semble simple. Une attitude spontanée devant la caméra… mais est-ce si facile à réaliser ? « Il faut une journée complète (tournage et préparation), souvent le week-end. Le live de l’interview dure 20 minutes : on fait tout d’une traite. Pas d’interruption. Idem pour le blind test. Tout est tourné en one shot. » Pas de faux-semblants dans cette émission, les musiciens parlent de ce qu’ils font comme s’ils étaient à la maison : « S’ils ont envie de passer la soirée avec nous, je propose aux groupes de dormir ici. » Mais il y a du travail ! L’image est de bonne qualité, le son aussi. Théo qui est intermittent du spectacle « étudie bien la lumière mais ne tombe jamais dans le tout studio ou le tout live. Il n’y a pas des light partout. » En découvrant l’émission sur le net, qui pourrait croire que tout est fait dans le sous-sol de la maison de William et de ses colocs ?

À travers une interview et deux morceaux live, MASS Metal met en avant des formations locales. Les spectateurs peuvent ainsi prendre le temps de découvrir ceux qui font la scène à deux pas de chez eux : « j’ai voulu m’installer à Rennes pour la musique, la mentalité, l’ambiance », explique William. Il précise aussi que : « sur YouTube, je ne trouvais pas assez d’émission de metal. Et surtout qui parlent de groupes bretons. Et en plus, on n’est pas loin du Hellfest. » Pour le moment, Faith Off, Jester Smoke Break, Carbonizer, Sideburn et Black Horns ont pris place sur le divan du sous-sol. Mais la liste des groupes que William souhaite inviter est longue !

Et lui dans tout ça ? Qui est-il ? Aurait-il sa place comme invité ? Oui, n’oublions pas que depuis 2013, il est l’un des guitaristes du très bon groupe de stoner Jackhammer. Passionné de guitare depuis un peu plus de vingt ans, il commence à jouer tout seul dans sa chambre à l’île de Groix : « Après plusieurs scènes et quelques passages dans divers groupes – dont ZOT qui a joué au premier Motocultor – j’intègre l’école M.A.I. (music academy international) à Nancy pour perfectionner mes connaissances et ma technique. Et rencontrer des musiciens qui partagent la même passion et le même amour pour la musique. » Là-bas, il croise des gens comme Benjamin Trulla et Guillaume Fabre. William est un technicien mais il a un jeu très ouvert. Adepte du riff efficace, il sait mélanger les genres, proposant toujours une narration solide et détonante. Ceux qui l’ont inspiré ? Deep Purple, Black Sabbath, Pink Floyd… Et dans l’avenir ? Pourquoi ne pas vivre de sa passion ? « Enregistrer des groupes, donner des cours… pourquoi pas ? » C’est tout ce qu’on lui souhaite ! En attendant, un grand merci pour cette émission simple, honnête et originale.

Caroline Vannier

Interview « En coulisses »

1 – Plus de stress avant un concert ou avant une émission ?
Avant une émission. C’est tout nouveau de faire le con devant les caméras.

2 – Est-ce que tu as un rituel avant d’entrer sur le plateau ?
Un whisky et une bonne blague. Impro ou fiches ? J’ai essayé les fiches, mais ça marche pas. J’utilise plutôt des mots clés pour m’aider… et selon la configuration, ça passe. J’essaie d’être le plus humain possible.

3 – À quoi ressemblent les fins de tournage ?
Quand les musiciens peuvent rester, c’est la grosse fiesta dans la baraque. On Jam, on échange des plans zik, on propose des games du genre : karaoké metal, jeux vidéos, billard …

4 – À choisir, quel est le pire : le trou de mémoire ou la blague qui tombe à plat ?
La mauvaise blague. Tout le monde ne comprend pas le second degré.

5 – C’est quoi une question à la con ?
La signification du nom du groupe.

6 – Dans la première émission, pourquoi ces images subliminales de Christine Boutin ? Est-elle devenue malgré elle, un symbole du metal et du Hellfest ?
(Il ouvre de grands yeux et se marre) C’est avant tout un gag de Sylvain. Il n’est pas là, il ne peut donc pas répondre car c’est lui qui a eu la merveilleuse idée. Je dirais que … comme beaucoup on aime pas les politiciens et on aime bien taquiner.

7 – Quand tu te rases le matin, est-ce que tu rêves d’une émission en direct du Hellfest ? Avec qui ?
Non, je rêve pas du tout de ça. Pour être honnête, je respecte le Hellfest mais pour moi, c’est un peu Disneyland. Non, si je dois choisir : ça serait plutôt le Motocultor. Avec qui ? Je sais pas… j’admire beaucoup d’artistes.

8 – Les groupes que tu souhaites inviter un jour dans ton émission ?
Oh là, là… Il y en a plein. Je t’envoie la liste ! Liste envoyée : Big Sure, Tranzat, Les 3 Fromages, Red Dawn, Ultimhate, El Royce, Duckhunters, Geniteur, Marklor, Final Time, Creeping Devil Cactus, Appalooza, Yugal, Glam Dicinn, Origin Hell, Devoid, Belenos, Urban Attack, The Decline, Ultra Vomit, Sticky Boys, Dog’n Style, Tagada Jones, Ayers, Mantra, Discloser, Pictured, Mormieben, Drakwald, Hexecutor, War Machine, Psykup, Steel Rangers, Muttertain, Valse Noot, Eliza Lane, Direwolves, Oblivion, Sadhayena, Season of Tears, Agony of the Bleeding Flesh…

Sur le Web :

Le Fanzine ? Audacieux, libre et Subjectif ! (juin 2017)

Quand on s’intéresse au Do It Yourself, ce qui vient tout de suite en tête, c’est le fanzine ! De nos jours, le web règne en maître en terme de media support mais pour la jeune génération de l’époque, la liberté passait par le papier. Eh oui, mec, la liberté avant le net, c’était le Fanzine ! Apparu dans Les Eighties avec le Punk et destiné à soutenir une scène, un groupe ou tout ce qui suscite l’intérêt, ce média certifié « fabriqué maison » s’est fait une place dans l’univers underground des aficionados de la libre pensée, si chère aux passionnés ! Et pour en savoir plus, rien de tel qu’un esthète : rencontre avec Samuel Étienne, accro aux fanzines depuis une trentaine d’années et fervent pourfendeur de ce trucage papier destiné à soutenir une opinion plurielle mais aussi à apporter une créativité calligraphique et esthétique.

Le Fanzine ! C’est facile à définir – étymologiquement du moins – « un magazine de fan », et rien à voir avec une publication commerciale : pas de pub et donc pas de recette. Le phénomène touche tous les courants musicaux et la diversité est visible sur le papier : en mode noir et blanc ou couleur, en format flyer, en 4 pages ou plus… La charte graphique est souvent peu commune. Leur évolution aussi. Certains sont connus et sont devenus des zines à part entière tels que Magic (pop indé) ou Abus Dangereux – fanzine publié une à deux fois par an depuis 1987 – Une culture qui connaît son apogée avec l’apparition du net et des sites gratuits de types Free à la fin Des Nineties. Des années fleurissantes pour les webzines qui suivent alors des parcours très variés comme Obskure – webzine gothique qui ironie du sort deviendra aussi papier – et Premonition – qui à l’inverse passera du papier au webzine. Le Fanzine est un média purement amateur de par sa nature, même s’il peut être considéré comme un tremplin professionnel (ce que ne manqueront pas de faire les jeunes étudiants des Inrockuptibles). Pendant un temps, le fanzinat – au même titre que le vinyle – est tombé dans l’oubli. Mais aujourd’hui, il refait surface et ce, grâce à la passion de nouveaux et d’anciens tels que Samuel.

Depuis ses années d’étudiant à Nantes, l’intérêt est toujours là. Trente ans qu’il œuvre pour le fanzine ! Car Samuel est un activiste de la cause : à travers sa passion pour la musique indé, il crée avec des potes, des fanzines – tirés jusqu’à 5000 exemplaires – un outil indépendant qui permet à l’étudiant de 18 ans d’accéder aux loges des hauts lieux de la culture rock nantaise de l’époque comme le Floride et l’Olympic. Des projets plein la tête et qui se concrétisent aujourd’hui par des travaux de recherches et de publication sur le monde de la musique : comme par exemple quand il met en lumière avec quelques copains ce qui ne devait être qu’un simple mémoire et qui aboutit à la maison d’édition Melanie Seteun. Il contribue aussi au travail de recherche de Volume – revue sur les musiques populaires – il expose à la FRAC lors du festival Rebel Rebel qui s’est tenu à Marseille en 2016  ou encore au Printemps de Bourges en avril dernier pour une expo sur le fanzine. Une passion pour l’art du graff et du contemporain et en parallèle, la création d’un label Strandfalt en 2013 avec des publications indé (Have The Moscovik, Seilman Bellinsky). Un touche-à-tout qui s’est même essayé à la basse pendant un temps dans un groupe indé ! Au niveau local, Samuel diffuse la philosophie DIY. Installé à Saint-Malo, il lance le projet Daedelus il y a trois ans. La réalisation du fanzine prend une forme collaborative depuis les partenariats conclus avec la médiathèque de La Grande Passerelle et la Nouvelle Vague. Quelques réunions par an et chacun peut contribuer avec ses idées ! L’occasion de faire belles rencontres comme celle de Jacques Villeglé : artiste du mouvement néo réaliste et qui fera la couverture d’un Daedelus. Fanzine de référence de la culture underground dans la cité corsaire : un média qui fait du bien là où les lumières s’éteignent parfois trop vite une fois la nuit tombée… Samuel Étienne n’en a cure et effectue un sacré tour d’horizon avec ses comparses au sein d’un Daedelus libre, gratuit et subjectif. Bref tout ce qui fait du fanzine une « école de l’audace », créative, esthétique, collaborative… En un mot, suivez Daedelus et les projets de Samuel Étienne ! Et si votre passion est autre… faites un fanzine !

Benjamin Vannier

Sur le Web :
www.strandflat.bandcamp.com
www.seitoung.frwww.seteun.nethttps://volume.revues.org/2303
https://strandflat.bandcamp.com/merch/bricolage-radical

Rencontre avec Jérémy de l’asso Ankou Prod (novembre 2017)

Comment organiser un concert de metal ? Qui contacter ? Qu’est-ce qui pousse à franchir le pas ? À toutes ces questions, Jérémy hausse les épaules et répond : « je l’ai fait tout seul sur un coup de tête. J’avais des potes que je voulais faire jouer et je me suis lancé. » Sur l’un des murs de la loge du Mondo Bizarro, il montre le sticker d’un groupe et ajoute : « J’en ai parlé à Thomas, bassiste chez Mantra – qui organise lui-même pas mal de concerts – et qui m’a encouragé à le faire ».

Quand on l’écoute, ça semble simple. En moins de huit mois, son asso – Ankou Prod – a fait jouer 26 groupes : « il y a des noms connus comme Crisix mais aussi les réunionnais de Vacuum Road. J’ai aussi été contacté par des musiciens croates et québécois. » Mais Jérémy encourage surtout la scène locale. Pour sa première orga, il a puisé dans ses économies et a programmé au Mondo trois formations 100 % rennaise : le Géniteur, Man’n Sin et Testymonium. Mais voilà, dans la ville, les asso sont nombreuses : la concurrence est rude. Alors, qu’est-ce qui fait la différence ? Jérémy explique qu’il monte des affiches par genre (stoner, trash…) pour être cohérent, pour que le public s’y retrouve. Il applique aussi dès qu’il le peut un tarif « Prix Libre » pour que ses soirées puissent être accessibles au plus grand nombre. Et il y a la com’ qui occupe une place importante… cela passe par les affiches et les flyers à déposer un peu partout mais aussi la vidéo : avec Eric, Quentin et Brian, ils font des montages qui présentent les groupes qu’ils programment. C’est du taf et il y a un avantage certain à ne plus tout gérer seul : « Ce soir, on fête le lancement officiel d’Ankou Prod dans sa forme actuelle. Depuis le 21 octobre 2017, il y a un bureau, des bénévoles… ça avance. On a plein de projets… Dans l’avenir, on voudrait bien faire de la captation vidéo. On voudrait aussi avoir un local pour que les groupes puissent répéter, enregistrer et être hébergés quand ils viennent jouer à Rennes.»

Et l’expérience dans tout ça ? Comment la renforcer en si peu de temps ? Jérémy explique qu’il a abandonné ses études très tôt et qu’il s’est mis à fond dans l’événementiel : « j’ai été bénévole au Motocultor, j’ai beaucoup appris là-bas. Et je traîne dans les concerts de metal depuis l’âge de 18 ans (il en a 22), ça aide. » Avant de poursuivre, il se lève et montre le T-shirt qu’il porte : « Je suis aussi beaucoup ce que fait Laurent de Finisterian Dead End, je le considère comme un mentor ». Jérémy jette un coup d’œil à son téléphone : c’est l’heure. Dans moins de 10 minutes, le concert commence. Il a du boulot. C’est le moment de s’éclipser… ou plutôt de trouver une place dans la fosse. Longue vie à Ankou Prod : une asso qui commence à peser dans la scène locale rennaise !

Caroline Vannier

Sur le Web :
https://www.facebook.com/AnkouProd/

Face to Face : au cœur du « Do it yourself » (février 2013)

La débrouille, c’est la figure de proue de l’asso Face to Face. Déjà 9 ans d’autonomie et une volonté de proposer une alternative au système d’organisation de concerts. Pas de grands discours, juste un souhait de « ne pas vendre son cul ». Un engagement qui va de soit et qui fédère !

Ce trip de passionnés de musique rassemble une trentaine d’anonymes. Dans l’asso, pas de chef mais cinq pilotes qui manœuvrent sans calcul et qui savent mouiller le maillot. Tout le monde met la main à la patte ! Y’a qu’à écouter Jonathan, membre actif de l’asso « on a tous notre petite spécialité » : bouffe, programmation, traduction… Des petites mains qui ne chôment pas et qui n’hésitent pas à alimenter eux-mêmes la caisse collective : « niveau budget, on met de notre poche ». Aucune subvention : ici, l’indépendance se gagne en retroussant ses manches ! Le but ? Se faire plaisir et surtout « donner l’opportunité aux Rennais d’aller voir des groupes qu’ils n’auront pas l’occasion de voir ». Face to Face a concocté des affiches avec quelques noms de la scène internationale comme : Cruel Hand, du hardcore américain ; Civet, quatre filles aux commandes d’un groupe punk rock ; Kamikaze Queen, des Berlinois qui mélangent gros son et cabaret… C’est certain : beaucoup de musique extrême mais l’asso sait s’ouvrir à d’autres influences comme le hip hop ou la pop punk. Une ligne de conduite efficace, sachant que Face to Face a invité près de 200 artistes et a su aller chercher un public qui répond toujours présent.

Pas de concert sans public ! Pour une soirée au Mondo Bizarro, au Jardin Moderne ou à la Fontaine de Brocéliande, la promo passe par la rue et par Internet : « les réseaux sociaux c’est pas ce que je préfère mais ça aide grave », explique Jonathan. La communication ne se fait pas en deux clics sur le web, la carte de visite de Face to Face, c’est aussi son visuel. Le look de l’asso interpelle : un design graphique personnel et soigné, un boulot qui porte la griffe de l’asso Skik qui donne régulièrement un coup de main pour la conception d’affiches et de flyers. L’union fait la force : chez Face to Face, la débrouille passe aussi par les partenariats. Dans l’historique de l’asso, on peut voir des collaborations d’un soir avec Enragé Production, Hyptnotique Prod ou Les 3 singes. Une mutualisation qui permet l’émergence de nouvelles idées… En décembre 2013, les internautes ont pris les commandes de la prog : 44 groupes locaux en liste et quatre places pour jouer à la Cité. Une première expérience qui a rassemblé 550 spectateurs. Un succès qui repose sur un sacré coup de flair… L’asso suit ses intuitions et se laisse guider « par le hasard des rencontres ». Elle fonctionne par échanges de dates et n’hésite pas à mélanger formations locales et étrangères. Un système qui abolit les frontières : des groupes bretons comme Hand of Blood ont ainsi pu jouer en Pologne ou en Hollande. Et ce n’est qu’un début, le booking, c’est un projet engagé depuis 2011 et qui prend de l’ampleur. En 2013, un échange est prévu avec Strenghten What Remains, du gros son en provenance de Tampa en Floride. Le rendez-vous est donné ! Face to Face est une asso libre qui fait la part belle aux «  groupes qui ont le même esprit, la même philosophie : des groupes engagés » Un exemple de Do it yourself à méditer…

Caroline Vannier

Mass Prod ! Mass Glocal ! Artisan du Punk ! (décembre 2012)

La Bretagne et la culture punk : ça fait plus de trente ans que ça dure ! Pourquoi ? La question se pose : certes, la péninsule de l’hexagone a de tout temps été influencée par une grande sœur pas si lointaine, et si on la conjugue à un hargneux désir d’autonomie… on obtient, une aspérité naturelle à la contre-culture. Le Fest Noz et le Pogo, ça peut paraître contre-nature mais regarder à Callac : les acclamations « Vive le Punk » ont un écho bien au-delà des terres armoricaines. Attachée à la culture punk et avec presque 17 ans d’activisme, Mass Prod est une référence en matière de Do It Yourself. Label incontournable de la scène punk bretonne, l’association est née en premier lieu en soutien aux mythiques Mass Murderers. Durant toutes ces années, l’aventure humaine s’est poursuivie. Née et demeurée locale, elle a su rapidement se faire globale à travers la promotion de groupes venus de tous horizons (Outre Manche, Brésil, Norvège…)

Rencontre avec Vincent, actuel salarié de Mass Prod, qui nous accueille dans son local situé au Jardin Moderne à Rennes. À première vue, le lieu est chargé : des CD, des piles de cartons à profusion… pas le gros dawa, mais on sent que ça bouillonne dans ce petit bureau. À coup sûr, nous sommes dans un atelier où Vincent et ses acolytes diffusent du punk comme des artisans forgent leur métal ! La métaphore est facile mais elle a du sens : Mass Prod propose de fabriquer vos badges, vos porte-clefs, vos décapsuleurs avec l’image que vous souhaitez… si ça c’est pas du travail d’artisan ! La petite fabrique indé de Mass Prod, ça fait 17 ans que ça dure et il paraît plus que probable que tant qu’on trouvera du Punk a Pleyben ou à Tredarzec, il y aura de la place pour trois accords au tempo endiablé. Faire exporter les Mass Murderers : une putain d’aventure qui les a menés dans une dizaine de pays, et fait découvrir des pépites punks inexplorées. Car l’asso a su se faire dénicheuse de talents (One way System, par exemple, qui enregistra et joua pour Mass Prod de 1997 à 1999 et bien d’autres…) . Une voie qui fait l’empreinte de Mass Prod : un label qui croit en la scène locale et qui l’exporte au global et vice versa, les membres de l’asso n’hésitant pas à loger les groupes chez eux « Tous les jours, c’est riche de rencontres », nous explique Vincent. Un des énièmes projets en date : une compilation de la scène alternative réunionnaise… Massif Glocal !! La compilation, c’est d’ailleurs le boulot de marronnier de Mass Prod : les Breizh Disorder, ça date de 1999… synthèses, bien évidemment subjective (les groupes de pop ne rentrant pas dans cette démarche) mais objective par la qualité du son « l’enregistrement en répet ne peut pas rentrer dans la compile ». Breizh Disorder est une trace indélébile de ce qui se fait et se faisait de mieux dans la scène extrême bretonne des années 2000 et ce n’est pas fini : jetez un œil à la dernière création des artisans de Mass Prod, elle arrive en avril 2013. Une compile qui a de l’importance : demandez aux groupes du coin, j’avoue qu’avoir son propre son sur Breizh Disorder pourrait engendrer une légère perte de modestie spontanée mais heureusement éphémère !

Des artisans au service des artistes, la frontière est mince entre les deux mondes, Vincent a d’ailleurs déjà figuré dans des groupes avant de se concentrer sur Mass Prod. En l’écoutant, on se rend compte qu’il y a eu du beau monde à passer dans l’atelier, notamment, grâce aux contrats aidés. Mass Prod a pu se développer dans les années 90 avec les emplois jeunes « on pouvait vraiment faire des projets avec eux pendant cinq ans », regrette Vincent, qui déplore la durée trop courte des contrats actuels. Car Mass Prod, c’est une équipe de salariés et de bénévoles. Et ce n’est pas anodin puisque l’asso repose sur la touche perso de ses acteurs : les compétences, les expériences et les valeurs humaines de chacun font la différence « Fabien, par exemple, avait un bon contact humain, il assurait niveau administratif ». Le décès de Stef’Luc, président, puis trésorier de Mass Prod, survenu en début d’année, a marqué d’un point noir l’année « on a vécu une année dure ». Cette petite « entreprise » n’est pas comme les autres : elle n’est pas là pour créer un profit mais elle est vouée à animer le punk de ses aficionados assoiffés de nouveau son, car à la question comment vieillit le punk ? Vincent nous répond « ça dépend des pays » mais incontestablement « le breton aime le punk ». Dans la Breizh, les lieux mythiques et embrasés ont été (le Wagon de Saint- Brieuc) ou sont encore (la ferme Gwernandour dans les Monts d’Arrées). En général, les points de chute punk, ça se trouve : la toile est bien connectée dixit Vincent « les 2/3 du boulot aujourd’hui c’est répondre au mail, ça prend un temps de dingue ». Internet a fait évoluer les techniques « avant Mass Prod, je n’avais jamais touché à un ordi » mais le travail d’orfèvre reste le skeud avec des disquaires partenaires un peu partout (le Disquaire et Imagine à St Brieuc, Born Bad à Paris, Ty Blurt à Quimper…) Et le téléchargement ? Pas d’intérêt pour Vincent « le punk est en téléchargement libre donc autant laisser faire ».

Mass Prod, c’est une histoire de passionnés, de dingues de punk qui ont réussi à comprendre les arcanes du système afin de mieux les slalomer et semer la graine de l’anarchie dans tous les Plou du pays. Même si Vincent reconnaît que « pour pouvoir exister, on a dû se situer entre le Do It Yourself et quelques compromis avec le système capitaliste », l’asso est une belle réussite de par son statut indé intransigeant et de par son authentique soutien aux groupes. Du punk, du hardcore, de la chanson engagée… : on ne peut pas dire que le panel est celui de Barclay ! En 2016, l’association fêtera ses 20 ans : on compte sur eux pour nous faire une anarchie comme il se doit!

                                                                              Benjamin Vannier

À Saint-Péran, on sème le punk (juillet 2012)

Rencontre avec Patrick Gouevy, qui fête les 20 ans de son café concert, La Fontaine, si atypique de par sa scène underground située en plein pays de Brocéliande, et pourtant si ancrée localement. Une réussite et un parcours à méditer.

Il n’y a pas besoin de prendre rendez-vous pour aller voir Patrick. Juste une petite mise au point sur l’itinéraire à suivre, et c’est parti… Welcome in Saint Peran city !! Son lieu de boulot ? Un bistro ou plutôt un baltot : voulez-vous un petit rosé Monsieur ? Pas de problème, Patrick vous le fera déguster à l’apéro. Vous avez oublié du beurre ou vous n’avez plus de pain pour dîner ce soir… Madame ? Ne craignez rien … Il a tout ce qu’il faut Patrick : l’épicier du village c’est lui aussi. Et toi, jeune punk perdu aux portes de Brocéliande… tu veux rentrer dans la légende ? Pose ton sac ici et ramène tes rangers au bistro !! Ce soir, c’est Samedi et c’est Bullshits detectors et Hopper Noz qui tiennent la sono. Donc… Salutations distinguées à quelqu’un qu’il faut citer : Patrick qui tient depuis près de 20 ans son troquet à Saint-Péran.

Lieu obscur de débauches anarchistes ? À vrai dire, rien n’indique à première vue qu’ici, on agite la crête frénétiquement. Car d’habitude, ici c’est ambiance «  taverne » : on pose son baluchon pour un petit ballon et le coude au comptoir. Pour le point géo et démo : Saint-Péran est à une trentaine de kilomètres de Rennes via la N24, peuplé de plus de 300 âmes et prélude à l’entrée de la légendaire forêt de Brocéliande. La tranquillité est de mise sans que cela ne soit aucunement dépréciatif : il fait bon vivre la campagne, et pour résumer, si vous voulez voir du live dans ces contrées, une phrase de Normands s’impose : « on n’est pas très loin de tout mais pas tout prêt non plus. » Mais, Saint-Péran a son Excalibur : son « café de pays » comme l’annonce l’appellation. Bien méritée, celle-ci, et bien nommée car il en a certifié des groupes Patrick depuis les Gunners, il y a près de de deux décennies. Fouler la Fontaine de Brocéliande est une étape, un lieu à part où quasi tous les samedis soirs, des korrigans à crêtes nous rejouent dans une éternelle litanie, si criante de sincérité : « No Future » Punk is not dead, les gars ; car tout ne se joue plus à Camden mais à Saint Per’ !! Bien sûr, il n’y a pas que du Punk, l’ouverture d’esprit est un credo au bistrot : rock, hardcore, electro rock, electro punk, percu africaines… Bref, c’est la culture du Caf’ Conc’, permettant à des artistes semi-pros ou amateurs d’effectuer leurs premières armes. Par ailleurs, de très beaux faits ont eu lieu : rien de moins que Mass Hysteria, Burning Heads, Tagada Jones et Les Ramoneurs de Menhirs ont tiré la bourre et fait trembler la terre de Brocéliande !! Cet enfant des Bérurier, fan des Brassens not Dead évoque sa passion pour la fin des eighties, et quand on évoque des difficultés… Quelques-unes apparaissent : l’interdiction de fumer dans les bars « Les gens passent leur temps dehors pendant les concerts » . Patrick relate une citation d’un de ses clients d’un soir « Punks à chiens  ?  Au final, on joue que pour les chiens ». Un comble ! Et « l’electro qui a tout bouleversé » les raves ont entravé la marche des Cafs’ Conc’ de par le fait d’investir de grands sites pour pas un sou. Cependant, Patrick détone car peu de nostalgie transparaît : des souvenirs mais la volonté du présent reste intacte. Les projets sont là et il n’est jamais avide de propositions de live tant que cela reste… authentique. En cela, c’est peut-être ça un punk en 2012. Finalement ni original, ni dérangeant, c’est juste une parfaite synthèse entre un esprit local et un patron de bistro qui a souhaité faire vivre et partager sa passion tout en demeurant les pieds sur terre. Une belle histoire qui est loin d’être finie. Car le 2 juin dernier, la Fontaine de Brocéliande a fêté ses 20 ans. Peu de Caf’ Conc’ atteignent le bel âge ! La page que connaît actuellement le centre-ville rennais et la pression exercée sur les bars concerts (sécurité, acoustique) le prouve. Elle oblige les bars de la ville à restreindre son et scène : le Sambre , le Barock, le Gazoline… À qui le tour ? Il est bon de respirer l’air de Saint-Péran : un esprit populaire à l’écoute d’un bon Burning Heads tout en sirotant un petit verre qui sent bon l’anis. D’ailleurs, ne serait-ce pas là le mot à bannir par la ville de Rennes actuellement : populaire… pardon, je m’égare, c’est mon troisième jaune.

Benjamin Vannier

RETOUR CHEZ PATRICK : Interview « si je te dis… » (mars 2018)

1 – Les Ramoneurs de Menhirs ?
Je réponds 5 fois : le nombre de fois où ils ont joué à la Fontaine.

2 – Bérurier Noir ?
Laurent et François, les deux leaders des Béru. J’ai jamais rencontré François mais j’aimerais bien… Je les ai vus en concert deux fois, à Rennes. Des bons souvenirs !

3 – Les 25 ans de la Fontaine ?
Il y a 1 an : il y avait 4 groupes qui jouaient pour l’occasion. Ah, ça fait un quart de siècle de Rock’n Roll ! J’ai apporté ma petite pierre à l’édifice du rock breton.

4 – Metal ?
Soirées metal. Et, style de musique que j’apprécie.

5 – Punk ?
Je peux pas dire pareil ? (rire). Des gens bien, malgré les apparences et… beaucoup d’amis dans le milieu.

6 – Cassettes ?
Ah ! Qu’est-ce que je peux dire comme blague ? Souvenirs, démo, découvertes… Je les recevais par courrier, le CD n’est arrivé qu’en 95-96. Maintenant, tout passe par Internet. Les mails, j’aime pas, c’est comme si une cassette tombait du ciel : il n’y a pas d’info, pas de numéro de téléphone, pas de références. Facebook, j’aime bien : c’est plus facile, on arrive directement sur la page des groupes avec toues les infos. Il y a aussi le téléphone mais bon, il sonne pas toujours au bon moment. Ici c’est comme un restaurant, il ne faut pas appeler au moment où il y a le plus de clients : entre 18h00 et 20h00, c’est l’heure de l’apéro, je suis en plein boulot.

7 – Canal Bus ?
« La Breizhicale ! » Les gens d’Action Discrète. Canal Bus, ils m’ont appelé pour venir faire une parodie de concert. C’était un lundi soir, je leur ai dit « bon d’accord » mais il fallait que je trouve 40 personnes pour faire le public. Ils sont arrivés avec leur fourgon et sont repartis à l’hôtel pour se préparer mais bon, y’a des gens qui les avaient déjà reconnus. Le tournage s’est passé en deux prises : ça devait pas dépasser deux minutes à l’écran. Ils sont restés longtemps, avec nous, après le tournage. Ils ont payé d’avance une somme au bar et au food truck venu pour l’occasion, et ils ont invité les gens. Tu sais quoi… (rire) Je l’ai dit au maire et il pensait que la commune serait valorisée. Quand c’est passé à la télé, il est venu me voir et il m’a dit : « c’est quoi ce truc ? C’est nul et en plus, on a rien vu de la commune ». Moi, j’étais mort de rire, je lui ai dit : « c’est drôle Maurice, c’est une parodie ». Mais non, il démordait pas ! Ça me rappelle, le tournage de Canal Bus à Carnac : si tu l’as pas vu, il faut le trouver sur Internet !

8 – Dans 10 ans ?
Alors, dans 10 ans, j’aurais 64 ans ? Moi-même, je sais pas trop… J’ai fait une carrière longue. J’ai commencé à travailler à 18 ans : à 60 ans, j’aurais tous les trimestres. Je pourrais m’arrêter là. Mais si je veux continuer, je continue. Oui, du coup, j’en serais à 36 ans d’ouverture pour la Fontaine !

 

Sur le Web :
https://www.facebook.com/La-Fontaine-de-Broc%C3%A9liande-589462131168154/

Le Mondo Bizarro : la musique avant tout (novembre 2012)

La scène rock rennaise existe ! À quelques pas du centre-ville, des riffs enragés résonnent toujours dans l’ancienne capitale bretonne. Preuve en est : le Mondo Bizarro, un Caf’Conc’ qui n’a pas dit son dernier mot. Déjà 10 ans que les amateurs de gros son y usent leurs godillots. Et ils en ont vu du beau monde dans le domaine : le garage new-yorkais de The Fleshtones, le classique londonien de The Boys, l’authenticité punk de Parabellum et même Marky Ramone, l’ex-batteur du groupe mythique portant le même nom. Marky R… Un musicien qui a dû se sentir comme chez lui en voyant la déco du bar ! C’est vrai qu’au Mondo, on sent l’empreinte des Ramones. Il faut dire que Bruno, le taulier en connaît un rayon sur le sujet. Le punk c’est son affaire… En tant que fan ou musicien, la passion est toujours là.

Punk d’ici et d’ailleurs… Quand il n’est pas derrière le bar, le patron du Mondo taille la route avec sa basse. Plus de 500 concerts dans 8 pays d’Europe avec les Gunners et un poste chez les Trotskids depuis 2008 : un groupe des années 80, reformé il y a 4 ans et dans lequel il rêvait de jouer. En tournée, il en a traversé des villes… C’est peut-être ce qui explique la forte représentation de la scène internationale chez lui. Et les groupes locaux dans tout ça ? Comment trouvent-ils leur place parmi toutes ces pointures ? Au Mondo, les amateurs côtoient les professionnels sans le moindre complexe. C’est l’esprit du lieu ! Bruno laisse les commandes aux assos locales le temps d’une soirée : « les groupes du coin se bougent », un bon point pour l’avenir !  Derrière la sono, il évoque quelques bons souvenirs avec Collapse Machine, du hardcore habilement mené ; Head On, un mélange brut de rock et de punk ou bien Bikini Machine, un vrai groupe de scène… Le Mondo, c’est aussi une histoire de potes ! Y’a qu’à demander à Kalchat… Tous les ans, il fête son anniversaire en grande pompe. Un prétexte pour assister à des formations d’un soir comme Amarilla Fresa ou les Alzheimer : les membres des groupes Lofofora, EZ3kiel, Tagada Jones ou Ultra Vomit s’y sont déjà collés. Un beau mélange ! Pas de doute, au Mondo Bizarro, le punk, le rock et le metal font bon ménage. À qui le tour ?

Caroline Vannier

 

Sur le Web :
http://mondobizarro.free.fr/news.htm
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